L'Arménie Ancienne,
Le Chaînon Manquant de L'Antiquité
par Claude Rilly
NANTES, FRANCE - "Une tache blanche sur la
carte archéologique du monde", c'est ainsi que Jacques Santro,
conservateur du Musée Dobrée, définit l'Arménie antique. Et pour
contribuer à la connaissance de cette page méconnue mais cruciale de
l'histoire de l'Humanité, le musée nantais propose jusqu'au 15
septembre une exposition intitulée: "Arménie: des origines au IV
siècle." Dans l'ordre chronologique, 369 pièces y sont présentées qui
pour la plupart n'avaient jamais quitté les musées d'Erevan ou de
Gümri, et dont beaucoup proviennent de fouilles récentes. Des
emprunts aux musées européens complètent cette collection
prestigieuse où la splendeur de l'or
et de l'argent voisine avec l'éclat des sardoines et des
turquoises.
Retranchée sur les
hauteurs du Caucase, entre Mer Noire et Caspienne, l'Arménie commande les
lieux de passage obligé qui mènent d'Orient en Occident, et des
steppes eurasiatiques au Proche-Orient. Aussi ne faut-il point
s'étonner d'y retrouver les plus anciennes traces des progrès
humains. La présence de l'homme dans le Caucase remonte à 1,5 million
d'années, comme l'atteste un fossile d'Homo Erectus récemment
découvert. La domestication des animaux (chèvres-moutons), la
métallurgie (cuivre-bronze), l'observation des astres ont,
semble-t-il, débuté dans cette région du globe.
Terre d'importance
stratégique, terre riche grâce à son sous-sol et son élevage,
l'Arménie a tôt été un creuset d'ethnies mêlées dès la plus haute
antiquité. Après les chefferies mystérieuses de l'Age de Bronze (IIe
millénaire av. J.C.), le premier grand état à s'y installer est l'Ourartou ou "royaume de Van" (500-600 a.v.
J.C.) qui n'hésite pas à en découdre avec la redoutable Assyrie
voisine. Lorsque cet empire s'effondre sous les coups des nomades des
steppes, le pays tombe rapidement sous la coupe des Achéménides, les
Perses des Darius et des Xerxès, et ne peut retrouver une relative
indépendance qu'à la conquête d'Alexandre (330 av. J.C.). L'Arménie
hellénistique des rois artaxiades, et notamment de Tigrane le Grand
(95 -55 av. J.C.), est un royaume puissant et florissant, qui
s'étend de la Caspienne à la Méditerranée. Au terme d'incessants
conflits avec les voisins parthes et romains, une nouvelle dynastie
s'impose, les Arsacides, qui mènera le pays vers la christianisation vers 301 ap. J.C. Premier état
chrétien dans l'histoire, l'Arménie entre alors, dans une ère
nouvelle et entame gentiment son Moyen-Age deux cents ans avant
nous.
Occupée, décimée, écartelée, sinistrée,
marginalisée, l'Arménie a la
peau dure et la mémoire longue. En cette fin d'un XXe siècle qui fut
pour elle un long calvaire, il est important que l'Europe reconnaisse
la part de civilisation qu'elle doit à ce pays millénaire.
Le T.G.V. met Nantes aux portes de Paris: n'hésitez pas à sacrifier
une journée pour visiter cette exposition d'importance nationale, la
plus audacieuse qu'ait jamais organisé le Musée Dobrée.
Musée Dobrée
18 rue Voltaire
44000 Nantes
FRANCE
Renseignements: (33) 16 40 71 03 50
Du 13 juin au 20 Octobre 1996, la Bibliothèque
Nationale de France expose une partie de la collection prêtée Ã
Nantes sur le thème:
"Arménie, entre l'Orient et l'Occident (VIIIe siècle av. J.C. XVIIIe
siècle après J.C.)". Cette exposition complémentaire ouvre une
perspective intéressante sur les échanges matériels, diplomatiques et
culturels entre l'Occident et l'Arménie à travers les siècles.
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