Art and Archaeology Exhibitions
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SAINTS ET DEMONS DU JAPON :
NARA, trésors bouddhiques
du Japon ancien

Moine bouddhistePar Claude Rilly

PARIS, 23 SEPTEMBRE 1996  - C'était bien avant le temps des shoguns et autres samouraïs, avant que le Japon, fier et farouche, se ferme à toute influence étrangère. Un pays ouvert, jeune, encore enfant, qui en une génération allait recevoir de la Corée une religion, et de la Chine des Tang un art nouveau et raffiné.

De la profusion de chefs-d'oeuvre qui suivirent l'introduction du bouddhisme continental, un témoin subsiste: le temple Kofukuji à Nara. C'est de ce sanctuaire que proviennent les pièces, au nombre d'une centaine, qu'a présenté au Grand Palais du 19 septembre au 9 décembre 1996 l'exposition "Nara, trésors bouddhiques du Japon ancien".

Actuellement située dans la banlieue d'Osaka, la cité de Nara fut au VIIIe siècle capitale de l'Empire du Soleil levant, et resta un centre important lorsque la cour résida à Kyoto, du IXe au XIIe siècle qui marque le début du Japon médiéval. C'est à Nara que s'épanouit pleinement l'art bouddhique insulaire.

Fondée par le Bouddha historique Cakyamuni au VIe siècle av. J.C., la nouvelle religion n'atteignit le Japon qu'au milieu de VIe siècle ap. J.C., où l'empereur reçut d'un prince coréen une lettre vantant les mérites de la nouvelle foi, et en préconisant l'adoption.

Dès 594, l'administration impériale embrassa le bouddhisme et fit sienne une structure politique calquée sur les grands états continentaux. L'archipel se couvrit bientôt de temples et de monastères. En 669, le temple de Kofukuji fut fondé par le clan Fujiwara, une famille dominante de l'histoire japonaise. Le lieu allait rapidement devenir l'un des plus splendides écrins de l'art religieux national.

Bien que comportant un certain nombre de peintures sur soie et de sûtras anciens (textes canoniques), c'est la sculpture qui prédomine dans l'exposition: une quarantaine de statues et de nombreuses rondes-bosses, pour la plupart classées "trésors nationaux" jalonnent les trois salles qu'elle occupe.

Ces statues permettent de constater que l'art de Nara est avant tout un art asiatique: si les figures grimaçantes des "douze Généraux" qui protègent la foi bouddhique gardent jusque dans leur physionomie des éléments empruntés à des origines indiennes, si telle tête de Bouddha en bronze est un lointain écho de statues similaires de la haute vallée de l'Indus, réalisées quelques huit siècles auparavant, c'est avant tout la Chine des Tang (VIIe - IXe siècles) qui inspire la sculpture de Nara. Les relations avec l'Empire du Milieu sont fréquentes, et la capitale des Tang, Chang An, alors la plus grande cité du monde avec son million h'habitants, est un vaste atelier d'où partent pour toute l'Asie des milliers de productions artistiques qui constituent autant de modèles.

C'est un art délibérément réaliste, mais d'une grande délicatesse, soucieux de l'équilibre des volumes et de l'aspect décoratif des oeuvres. Le gong Kajenkei, qui date du VIIIe siècle, en donne une image assez éloquente.

A partir du Xe siècle, les relations diplomatiques sont coupées avec la Chine et la sculpture japonaise va évoluer en vase clos. On peut citer dès lors des sculpteurs célèbres qui font école: Kokei (fin XIIe s.), son fils Unkei (début XIIIe s.), son disciple Jokei (début XIIe s.). Leurs oeuvres se caractérisent par un réalisme mesuré, contrôlé, qui fait place à une grande humanité et une expression affinée des sentiments. La statue de Yuima-Koji, réalisée par Jokei en 1196, en porte témoignage.

On ne devra pas s'étonner de voir se côtoyer dans l'exposition des portraits grimaçants, presque burlesques, comme la statue de Komokuten (XIIe s.) ou la représentation sur soie de Jikokuten (XIIe - XIIIe s.), et des saints emplis de sérénité, aux formes apaisées. Cette dichotomie est caratéristique de l'art bouddhique: l'esprit doit savoir combattre les désirs qui lui barrent la route de l'éveil - c'est là sa fonction guerrière, et tourner sa méditation sur les principes de la Foi - c'est là sa préoccupation pacifique. Désireux de montrer les facettes multiples de leurs talents, les artistes se sont évidemment fort bien accommodés de ces aspects contrastés de la métaphysique bouddhiste.

Au total, une exposition intéressante, qu'il est bon de visiter en empruntant l'"audioguide" disponible sur place, à moins d'être familiarisé avec la doctrine bouddhique. On pourra être déçu par la teinte grisâtre de la plupart des statues et des peintures, mais leur conservation à travers les siècles dans un temple où la poussière, l'encens et les incendies successifs les ont ternis explique cet aspect. De même, la fragilité de bien des pièces a requis un éclairage parcimonieux qui cache certains détails. En revanche, l'état de conservation des pièces est excellent, et doit tout à la pieuse attention que les moines ont portée, au travers des vicissitudes de l'histoire japonaise, à ces "trésors nationaux".

Cheval attaché (peinture sur bois - 1635)

19 septembre - 9 décembre 1996
Galeries du Grand Palais - Paris

Claude Rilly est professeur de littérature et langues anciennes. Egyptologue, il s'est spécialisé dans la civilisation méroïtique. Il a écrit sur l'archéologie grecque pour GEO (France) et sur la langue de Méroé dans les Göttinger Miszellen (Allemagne). Claude Rilly est rédacteur au Culturekiosque.com



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