Pompei à Paris • A l'ombre du Vésuve: Exposition au Petit Palais
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Pompei à Paris
A l'ombre du Vésuve: Exposition au Petit Palais

par Claude Rilly

PARIS - Vous voilà prévenus, mortels! Jusqu'au 25 février, dès l'abord du Petit Palais, avant même que vous n'ayez posé le pied sur l'escalier, sur un gigantesque piédestal mauve, une gigantesque statue, réplique de l'Hercule Farnèse auprès duquel Schwarzenegger fait figure d'éphèbe malingre, annonce la couleur: pourpre, et la taille: monumentale. Lors de votre passage dans les quatorze salles vous serez confrontés à la grandeur, tant par les dimensions que par la beauté, de quatre-vingts chefs-d'oeuvres prêtés par la Musée Archéologique de Naples et enchassés dans toutes les déclinaisons de la couleur impériale - du rose tyrien au parme: des statues, des bas-reliefs, des mosaïques, des peintures, des bijoux... Avec partout, de la place, de l'espace pour laisser les oeuvres respirer et le spectateur prendre le recul nécessaire, surtout lorsque les dimensions colossales des statues l'exigent.

Ne vous attendez pas en revanche à un itinéraire structuré et balisé. L'exposition est organisée sur le même vague plan tripartite que le musée italien: Les grandes pièces de collections princières, les trouvailles archéologiques effectuées en Campanie et les cités englouties sous les laves de Vésuve. Les oeuvres sont accompagnées d'une notice laconique. Aucune subtile dialectique, aucun texte savant et interminable ne vous détournera de l'essentiel: voir, regarder, s'étonner, admirer.

Etonnez-vous dès l'entrée de l'exposition devant l'Artémis d'Ephèse, cet inquiétant puzzle humanoïde, ceint de mamelles - ou sont-ce des testicules de taureaux? - jusqu'à la taille, hérissé d'animaux fabuleux ou familiers, fourreau d'albâtre d'où émergent une tête et deux mains de bronze à la sombre patine. Une idole qui mêle Diane, protectrice des animaux, et Hécate, maléfique divinité lunaire, et oblige tous ceux qui s'imaginent un Olympe peuplé de dieux athlétiques et de déesses sensuelles à revoir leur copie. Issue de la collection des princes Farnèse, cette statue, malgré ses 2000 ans est dans un état de conservation exceptionnel: on reste songeur en tâchant d'imaginer par quelles mains elle est passée pour nous arriver ainsi.

Etonnante aussi par ses dimensions colossales et son réalisme, cette Tête colossale de cheval en bronze de la collection Carafa, qui, juchée sur un échaufaudage de bois peint en un assemblage surréaliste, emplit de ses naseaux frémissants, de sa crinière bichonnée, de sa bouche rebelle au frein la troisième salle de l'exposition. D'où vient-elle? Nul ne le sait. Quel âge a-t-elle? C'est un mystère. On n'ose imaginer la taille de la bête entière si elle a jamais existé.

Longtemps on les a soustraites aux regards et réservées dans "l'enfer" du Museo Archeologico. Les oeuvres érotiques de Pompéi sont ici représentées par une fresque figurant les ébats d'un couple et un incroyable groupe de marbre blanc: le dieu Pan besognant une chèvre avec la plus parfaite sérénité! Il faut dire à la décharge du personnage qu'étant mi-bouc, ce n'est que demi-vice. La sculpture est d'une excellente facture artistique et dans un état de conservation proche du neuf, puisque préservée sous les laves d'Herculanum.

Admiration devant ces deux statues colossales des Dioscures, les jumeaux Castor et Pollux, fils de Léda et du Cygne, protecteurs des athlètes et des cavaliers. Ils ornaient probablement un temple de Baïes, non loin de Naples, et illustrent l'idéal athlétique des sculpteurs grecs repris par leurs élèves romains. Chacun d'eux atteint les 2,80 mètres et malgré ce gigantisme, la régularité des traits juvéniles, les proportions élégantes imitées du sculpteur grec Polyclète, véritable fondateur, au Ve siècle av. J.C. de la statuaire masculine, ne peuvent que susciter une admiration teintée du calme de l'harmonie. Des traces de pigment fauve sur les cheveux et le pubis nous rappellent que toutes ces statues étaient peintes. Peu connu, ce groupe colossal en parfait état mériterait de figurer plus souvent dans les iconographies des livres d'art.

Ces musiciens de rue, avec tambourin, hautbois et castagnettes, cent fois vus en reproduction, les voilà pour de vrai! Surprise: toute mosaïque qu'elle soit, l'oeuvre a les dimensions d'un petit tableau et un grain d'une incroyable minutie que les agrandissements nous avaient escamotée. Les teintes sont irréelles: des vert amande, des roses diaphanes y côtoient des couleurs franches et robustes et apportent une délicatesse qu'aucune reproduction ne peut rendre.

Admirable enfin cette statue de bronze d'Apollon Citharède, retrouvée dans une villa de Pompéi. Nous possédons peu de grands bronzes antiques, en raison de la cupidité des siècles suivants qui ont transformé en piécettes ces chefs-d'oeuvres. Aussi faut-il profiter de l'occasion qui nous est donnée. Apollon, divinité solaire, mais par d'autres aspects dieu mystérieux, nous apparaît ici d'une sombre beauté, presque inquiétante, en raison des prunelles claires serties dans ce visage de bronze foncé par le vert-de-gris, et dont l'effet hypnotique n'est entamé en rien par la pose gracieuse et les boucles torsadées qui encadrent la face divine. Le dieu qui, à Delphes, prédit l'avenir en d'obscures énigmes n'a-t-il pas su, pas voulu prévenir ces Pompéiens frivoles de la catastrophe qui, le 24 Août 79, le laissa intact parmi les ruines et les cendres de l'éruption du Vésuve?

A L'Ombre du Vésuve, Collections du Musée National d'Archéologie de Naples, jusqu'au 25 février 1996, Paris, Musée du Petit Palais, Ave Winston Churchill, 75008 Paris. Metro Champs Elysées-Clémenceau. Tous les jours, sauf le lundi, de 10h à 17h40. Plein tarif Frs 40. Tarif réduit Frs 30. Catalogue vendu 295 F.



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