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L'ART
EGYPTIEN |
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![]() Montant de porte de la pyramide de Djéser H: 211.3cm Musée du Caire |
par Claude Rilly PARIS, 14 août 1999 - Même la vieille Egypte a été jeune un jour ! Jeune, et donc un peu hésitante, parfois fantaisiste, tendre ou rieuse à l'occasion, mais déjà douée d'une maîtrise d'enfant prodige. C'est cette Egypte inattendue, entre autres, que présente le Grand Palais jusqu'au 16 août 1999 sous le titre l'Art égyptien au temps des pyramides, relayé par le Metropolitan Museum of Art de New York jusqu'au 9 janvier 2000, et par le Musée royal de l'Ontario à Toronto, à partir du 13 février. L'exposition est arrivée à point nommé, après plusieurs décennies de fouilles fructueuses dans les secteurs de Gizeh, de Saqqara et de Meidoum, au Sud du Caire, où se concentre la plupart des ensembles funéraires de l'Ancien Empire (2700-2200 av. J.C.). Parallèlement à celui des archéologues, le travail des érudits a remis en cause bien des certitudes, et permis d'attribuer certaines oeuvres à des périodes souvent plus anciennes qu'on le supposait. La quatrième dynastie par exemple, celle des pharaons Chéops, Chéphren et Mykérinos a de cette manière récupéré un certain nombre de statues et de reliefs auparavant considérés comme plus récents. De manière générale, c'est tout l'art d'Ancien Empire, autrefois réduit auprès du grand public à la simple - et grandiose - architecture, qui a gagné en diversité artistique et en oeuvres plus intimistes souvent empreintes d'une attachante humanité. Paradoxalement, aucune exposition n'a jamais été consacrée à cette période particulière de l'art égyptien. La haute qualité des oeuvres présentées, leur variété, leur nombre, (plus de 200 cents) font de cette exposition un événement qu'aucun amoureux de l'Egypte antique n'aura voulu manquer. Bien que nous n'ayons pas gardé de traces de soubresauts politiques ou militaires importants, on ne saurait réduire l'Ancien Empire à la paisible succession d'une quarantaine de monarques incarnant tour à tour une tradition royale inchangée. La réutilisation par les pharaons de la VIème dynastie de bas-reliefs arrachés aux complexes pyramidaux des dynasties précédentes montre assez que les tombeaux et les temples des anciens rois étaient déjà pillés et dégradés deux siècles après leur construction, et que la continuité royale n'était pas assez fortement ressentie pour que le nouveau pouvoir respectât ou restaurât les monuments endommagés des glorieux ancêtres. Ainsi, c'est au milieu du pavement du temple funeraire de la reine Ipout, femme de Téti (vers 2340 av. Jésus Christ), à Saqqara, qu'ont été retrouvés deux blocs au nom de Djéser, le constructeur de la première pyramide (vers 2690 av. J.C.). Cette découverte récente, faite en 1993 par l'équipe de Zahi Hawass, est à mettre au crédit de la jeune et talentueuse archéologie nationale égyptienne. C'est la première présentation de cette pièce à l'étranger. Il s'agit probablement d'un montant de portique brisé, originaire du célèbre complexe funeraire de Djéser à Saqqara. Ce serait donc un élément de la plus ancienne architecture en pierre de taille au monde. Le montant est découpé en registres étagés sous deux cartouches identiques qui livrent un des noms du roi Djéser: Neterikhet, "divin est son corps". Un faucon courroné, symbole du dieu Horus, surmonte le cartouche. En-dessous alternent des registres identiques, figurant alternativement un chacal assis sur une châsse invisible et un lion au repos. Ces figures au relief très délicat n'ont pas pour l'instant reçu d'interprétation satisfaisante. Sur les côtés des blocs ondulent des serpents aux écailles réalistes, à la langue dressée : c'est un motif qu'on retrouve encore presque trois mille ans plus tard sur les faces latérales des portiques des temples du Soudan. |
![]() Pyramide la IVe dynastie : groupe d'archers H : 28 cm New York, Metropolitan Museum ![]() |
Une
semblable réutilisation de matériel ancien explique la présence,
dans les ruines de la pyramide d'Amenemhat Ier à Lisht (vers 1950
av. J.C.), de blocs décorés originaires des grands
complexes funéraires de Gizeh, pillés puis transportés
sur une cinquantaine de kilomètres au Sud. Parmi ces reliefs, le plus remarquable figure un groupe d'archers prêts à décocher leurs flèches. Le fragment conservé, s'il ne permet pas de voir la composition d'ensemble de la scène, laisse deviner sa complexité par le savant enchevêtrement, à peine soluble, de bras tendus, de corps superposés, de cordes en tension et de flèches de réserve. La qualité d'exécution exceptionnelle permet de rattacher ce fragment aux meilleurs reliefs royaux du temps de Chéops et de Chéphren : le rendu des matières (tortillement des cordes, empennages des flèches, vigueur des chairs soulignées d'ocre) et la délicatesse des modelés faciaux, sont admirables et laissent supposer que le programme décoratif des complexes funéraires de Gizeh était à la hauteur de l'ambition architecturale, qui reste seule visible sur place aujourd'hui. Rendons grâce aux peu scrupuleux architectes d'Amenemhat de nous en avoir préservé quelques exemples. |
![]() ![]() Pyramide de Pépi 1er Calcaire, pigment vert Londres, University College, Petrie Museum of Egyptian Archaeology ![]() Bracelets de le reine Hetepherès Argent, turquoise, cornaline, lapus-luzuli Le Caire, Musée egyptien |
Il
ne semble pas que les pyramides de la IVème dynastie aient bénéficié
d'un décor interne, et les reliefs pillés par les
constructeurs de Lisht proviennent probablement des temples funéraires
attenants. Il faut attendre la fin de la Vème dynastie et le roi
Ounas pour qu'apparaissent les " textes des Pyramides ", la
plus ancienne composition de longue haleine transcrite en hiéroglyphes.
Il s'agit de textes magiques liés au parcours de l'âme du
roi défunt, et la couleur verte des signes est celle, associée
plus tard au dieu Osiris, de la résurrection. Les fragments présentés
dans l'exposition proviennent des pyramides ruinées de Pépi
Ier et Pépi II à Saqqara, et sont dispersés entre
le Louvre, Bruxelles, Cambridge et Londres. Le cartouche royal se
distingue aisément, suivi du démonstratif : " ce Pépi
", formulation fréquente dans les formules magiques. Une
publication exhaustive de ces textes, entreprise par l'équipe
française de Saqqara et l'égyptologue Bernard Mathieu,
devrait prochainement apporter de nouvelles lumières sur ces
documents dont le contenu reste encore obscur et controversé. C'est en 1925, trois ans après la découverte du tombeau de Toutankhamon que fut retrouvée la seule sépulture royale inviolée de l'Ancien Empire, celle de la reine Hétéphérès, mère de Chéops (vers 2600 av. J.C.). Un mastaba (édifice funéraire rectangulaire) lui avait été préparé auprès de la pyramide de son époux Snéfrou à Dahchour, puis une pyramide secondaire à l'Est de la grande Pyramide de son fils à Gizeh. Mais c'est finalement au fond d'un puits, à 27 mètres sous la surface, que fut retrouvé son mobilier, comprenant une chaise à porteurs (dont la réplique figure dans l'exposition), et des bijoux, rares exemples de l'orfèvrerie d'Ancien Empire, notamment vingt bracelets précieux conservés dans un écrin de bois doré. Rares, ces bracelets le sont aussi par leur métal, l'argent. Si l'or, considéré comme la chair des dieux, est relativement fréquent alors en Egypte, l'argent, constituant les os des dieux, y est rare et précieux. Il faudra attendre le Nouvel Empire et le développement du commerce international pour que la hiérarchie entre ces deux métaux s'inverse. Rare est aussi le décor de ces bracelets. Ils figurent des papillons, motif exceptionnel dans l'art égyptien. Tête, ailes et thorax, en turquoise et lapis-lazuli, déclinent des nuances de bleu et de vert, qu'égaie d'une touche de rouge l'utilisation de la cornaline pour l'abdomen et pour les cercles qui séparent les insectes. Un autre fils de Snéfrou, Nefermaât, fut inhumé avec son épouse Atet, dans un grand mastaba à Meidoum. De la " chapelle " d'Atet qui y est incluse proviennent plusieurs blocs ornés d'un décor étonnant par sa hardiesse technique autant que par les scènes représentées. L'art égyptien, parvenu à la maîtrise formelle, fait ici l'essai de ses forces. Le propriétaire des lieux le proclame d'ailleurs sur les murs du mastaba : " il a fait faire ces images en un tracé indestructible ". |
![]() Décor incrusté de le tombe d'Atet 100 x 114 cm Copenhague, NY Carlsberg Glyptotek |
Effectivement,
l'artiste a creusé des reliefs profonds, puis y a introduit des pâtes
de couleur, formées de pigments liés par de la résine.
Le résultat attendu était la création d'un décor
en apparence peint à plat, mais dont les tracés et les
couleurs puissent défier les millénaires. Un bloc de ce
mastaba nous a gardé intactes des figures d'oies d'une qualité
inestimable, mais ces " Oies de Meidoum ", un des fleurons du
Musée du Caire, n'a malheureusement pas pu faire le voyage. Ici
sont présentés quelques fragments qui ont partiellement
conservé leurs incrustations d'origine, comme ce bloc de la Ny
Carlsberg Glyptotek de Copenhague. On peut voir que l'audace n'était
pas seulement technique, mais aussi iconographique. Sous un premier
registre montrant et nommant deux fils de Nefermaât qui capturent
des canards, se développe au registre inférieur, une scène
humoristique : en une sorte de ronde se suivent un singe, un enfant et
un second singe, se tenant par la main. Le premier primate saisit lui-même
par les plumes une grue apparemment réticente à ce genre
de familiarité, et dont le plumage en incrustations multicolores
a tenu. Il faudra attendre l'époque amarnienne, mille ans plus
tard, pour que l'art officiel ou funéraire retrouve, le temps
d'un règne, un humour et une fraîcheur semblable. Il y aura
toujours en égyptologie des gens aussi sérieux que la grue
de la scène pour expliquer qu'il s'agit d'une représentation
symbolique, mais on sait que les Egyptiens étaient capables
d'humour gratuit, jusques et y compris sur les murs des tombes. |

Stèle
du prince Oupemnéfret - IVe dynastie
Calcaire - 45,7 x 66 x
7,6
Berkeley, Phoebe Hearst Museum

Statues
d'Inchitédou, Le Caire - Musée egyptien
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