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C H A S S E U R S SE T SG U E R R I E R S


Par Claude Rilly

PARIS, 17 mai 1998 - L'Afrique, terre de magie, est aussi terre de sang. Le sang des guerres, que les dernières années ont hélas fait couler sans limites, mais aussi le sang fécond du gibier, qui permet à l'homme de survivre.

Apres les deux expositions précédentes (lire nos critiques) Masques et Magie le musée Dapper à Paris lance un bouquet final copieux, somptueux, mais peut-être un peu désordonné. « Chasseurs et guerriers » ratisse large : de l'Ethiopie au Mali et du Nigéria à l'Afrique du Sud, c'est tout le continent noir qui se trouve ici représenté. Le titre lui-même s'éloigne de la sobre élégance des expositions précédentes, et ressemble fâcheusement à un fourre-tout vaguement ethnographique. Rassurez-vous pourtant, le Musée Dapper ne saurait présenter une mauvaise exposition, tant ses réserves regorgent de trésors. Si le propos est décevant, les pièces rares et remarquables le rachètent largement.

Ce sont évidemment les armes, tant de guerre que de parade, qui attirent l'oeil. Les forgerons, caste redoutable qui détient le secret de la vie et de la mort, caste considérée avec défiance teintée de respect en Afrique occidentale, mais glorifiée sans réserve en Afrique centrale, ont su montrer dans la fabrication des couteaux de guerre une incroyable maîtrise technique au service d'une imagination et d'une créativité artistique inégalées.

On admirera avec étonnement des couteaux de jet Wada (Rép. centrafricaine) et Ngbaka (Rép. démocratique du Congo), aux formes délirantes, dont les lames multiples se ramifient en pointe, en harpon, en feuille, constituant un véritable répertoire de l'art du métal.

Autre point d'orgue de l'exposition : les statues équestres en terre cuite du Mali et du Nigéria, parfois de grande taille, et dont plusieurs remontent au XIIIe/XIVe siècle. C'est le cas d'une grande pièce Soninké, aux lignes élégantes et sereines, où transparaissent l'assurance et la noblesse des cavaliers qui ont bâti les empires successifs du Mali.

Oeuvre très différente, provenant de Djenné, la métropole religieuse du Mali, un chef de guerre barbu, aux yeux exorbités, monté sur un petit cheval richement harnaché et peint de couleurs vives, étonne par son aspect baroque et sa décoration surchargée. D'autres statues équestres, dogon ou yoruba, ne le cèdent en rien à ces deux pièces du Mali et justifieraient à elles seules la visite.

Moins spectaculaires, mais tout aussi intéressantes, sont les nombreuses statuettes de guerriers, munies des attributs de leur caste, armes et parfois têtes coupées, comme sur ce pilier igbo (Nigéria) où un guerrier à la musculature puissante porte sur la hanche un tête dont les traits reproduisent curieusement les siens.

Une place particulière est faite dans l'exposition aux grands empires africains, et à leurs fondateurs, connus historiquement ou mythifiés. Ce thème, traité de façon presque anecdotique, aurait à lui seul mérité une exposition. On se contera ici d'admirer des bronze de l'Empire du Bénin, des pièces de l'Empire du Wagadou (Mali), et des lithographies réalisées par des Européens sur les armées et les chefs de l'Empire Zoulou, accompagnant des armes traditionnelles sud-africaines, comme cet étonnant casse-tête zoulou, dont la masse s'orne d'une paire de jambes en cornes, émergeant comme d'un oeuf où le reste du corps serait enveloppé.

Comme de coutume, l'exposition s'accompagne de la publication d'un catalogue rassemblant une iconographie et une bibliographie remarquables et dont aucun spécialiste de l'Afrique ne saurait se passer. Les textes sont en revanche d'inégale valeur, et manquent souvent des repères historiques que l'ambition de l'exposition rendait indispensables.



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