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Egypte



Par Claude Rilly

PARIS, 18 mars 1998 - Alors que de tragiques attentats ensanglantent l’Egypte et privent ses sites renommés de la manne touristique, gageons que les trésors du Louvre sauront trouver un public qui se préoccupe autant de son enrichissement culturel que de sa sécurité. Depuis le 21 décembre, le musée parisien a rouvert, sur une surface augmentée de 60%, son département d’antiquités égyptiennes, fermé pour rénovation voici de longs mois, avec des réaménagements qui en font le premier musée du monde en ce domaine, après celui du Caire bien évidemment. Un rapide calcul indique qu’à raison d’une minute par pièce, ce qui est bien peu pour certaines oeuvres aussi exceptionnelles que le Scribe accroupi, le Colosse d’Akhenaton ou le Livre des Morts, il faudrait dix jours de visite sans repos et sans repas pour tout voir! Cet événement, accompagné d’une floraison d’articles, d’ouvrages, d’émissions et de manifestations en tous genres marque le point d’orgue de l’année France-Egypte qui commémore le bicentenaire de l’Expédition d’Egypte de Bonaparte, et conclut deux cents ans d’" horizons partagés ".

Louvre

" Horizons partagés "! Cette belle expression qui rappelle la phrase de Saint-Exupéry: " Aimer, ce n’est pas se regarder l’un l’autre, c’est regarder ensemble dans la même direction ", semble quelque peu idéalisée pour ce mariage de raison et d’intérêt où la France n’eut pas toujours le beau rôle. Pour un Champollion, pour un Mariette, sauveur du patrimoine égyptien à la tête du Service des Antiquités de l’Egypte, que de soudards qui, en 1801 revinrent des bords du Nil avec leur courte honte et une dysenterie tenace, que d’actionnaires rapaces de la Compagnie du Canal de Suez qui s’enrichirent du labeur éreintant et parfois mortel des fellahs égyptiens, que de va-t-en-guerre qui en 1956, pour sauvegarder leurs actions dans cette même compagnie, furent prêts à risquer la paix du monde alors si fragile!

Quant à l’égyptologie elle-même, s’il est vrai qu’elle fut fondée par un français, Champollion, n’oublions pas qu’elle a été construite autant, sinon plus, par des savants anglais, allemands, américains ou italiens que par de beaux esprits formés sur les rives de la Seine. Après tout, la meilleure grammaire de l’égyptien ancien est l’oeuvre d’un Anglais, et le meilleur dictionnaire celle d’un Allemand. L’égyptologie est une science internationale et aucun pays ne peut prétendre tirer à lui la couverture. La civilisation pharaonique reste le patrimoine indivis de l’humanité tout entière.

N’allons pas pour autant bouder notre plaisir devant cette belle occasion de redécouvrir l’art égyptien. Parmi les excellentes initiatives de cette célébration, saluons notamment deux émissions de la chaîne franco-allemande Arte, diffusées à la suite le dimanche 14 décembre 1997, mais qui sont disponibles sur cassettes vidéo. Les Héritiers de Champollion, un documentaire d’Yves de Peretti, s’intéresse en parallèle au travail de rénovation du Département des Antiquités Egyptiennes du Musée du Louvre et aux fouilles en cours par les équipes d’archéologues français sur le terrain. Les allers-retours incessants et parfois peu circonstanciés peuvent dérouter au début, mais il vaut la peine de s’en accommoder car on rencontre des spécialistes qui savent communiquer leur passion et on reçoit enfin des informations de première main, ce qui fait défaut dans la plupart des documentaires de ce genre.Où verrez-vous le piteux état de la tombe du plus glorieux des pharaons, Ramsès le Grand, et apprendrez-vous les espoirs que suscite son prochain déblaiement? Où pourrez-vous assister à l’ouverture des magasins de stockage de fouilles en présence d’officiels égyptiens, que les autres reportages snobent immanquablement alors que cette petite cérémonie en dit long sur l’aptitude de l’Egypte moderne à prendre en mains son patrimoine? Et gardons pour la fin ce mot délicieux glané par Yves de Peretti lors d’un micro-trottoir parmi le petit peuple du Caire: " Champollion?... Ah! Oui! Champollion Bonaparte ! "

Tout autre, mais pleinement complémentaire est le document de Philippe Truffault, Les Secrets du Nil, qui présente une sélection de 22 pièces maîtresses des nouvelles salles égyptiennes du Louvre. Ici la présentation chronologique, le commentaire sobre et précis en voix off, la qualité de l’image composent un ensemble très classique, d’une grande qualité esthétique. Quelques détails faussement négligés parachèvent l’élégance de l’émission: un doigt qui paraît épousseter l’or de la triade divine d’Osorkon indique la petite taille de l’objet, des éclairages qui semblent vaciller montrent la finesse du grain d’une stèle. La collection présentée, à côté de quelques incontournables comme la Stèle du Roi-Serpent (3300 av. J. C.) ou la Tête de Princesse amarnienne (1350 av. J. C.), inclut certains objets qui, pour n’avoir pas la notoriété des précédents, n’en possède pas moins un grand intérêt archéologique. Une place importante est laissée aux pièces coptes, qui disposeront de deux grandes salles de l’ancienne Ecole du Louvre dans le musée rénové.

Signalons enfin le numéro de décembre du magazine Géo, qui a consacré un dossier complet à l’Egypte et s’intéresse lui aussi aux fouilles récentes, avec comme d’habitude d’excellentes photographies.

Pour commander la cassette vidéo d’Arte :
La Sept Vidéo
BP 630
60732 Ste Geneviève Cedex 9
FRANCE


Egypte Louvre



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