Dance: Reviews
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L'Ecole de Danse assure l'avenir du Ballet de l'Opéra de Paris mais qu'en est-il pour les danseurs ?


Aurore Cordellier and partner
Aurore Cordellier



Juliette Gernez and Aurélien Houette
Juliette Gernez et Aurélien Houette




Par Patricia Boccadoro

PARIS, 20 avril 1999
- Dans son livre, Come Dance with me (Venez danser avec moi), Dame Ninette de Valois cite Enrico Cecchetti qui disait qu'il n'existait pas de première danseuse avant l'âge de 26 ans, mais qu'il n'y avait rien de plus beau à contempler que celle-ci au stade embryonnaire pendant ces quelques années qui chevauchent ses vingt ans.

On ne peut que voler dans le sens du grand maître de ballet italien, sauf qu'à l'Ecole de danse de l'Opéra de Paris cet âge embryonnaire est bien plus bas de nos jours. On ne peut surestimer les mérites de Claude Golovine-Bessy qui règne sur l'école avec une bienveillante main de fer et dont le travail infatigable a hissé l'école jusqu'à son niveau actuel.

Prenons le cas d'Aurore Cordellier, qui n'a pas encore 15 ans, et dont j'ai pu suivre le développement avec fascination depuis plusieurs années. Elle a dansé Gourouli, l'héroïne dans Les Deux Pigeons, lors de la représentation en matinée pendant les récents spectacles de l'école au Théâtre des Champs-Elysées, et nous a impressionné par sa technique splendide et sa beauté d'expression; des dons hors du commun chez quelqu'un d'aussi jeune. Juliette Gernez, qui a à peine 17 ans, était encore plus frappante d'un point de vue esthétique, mais elle demandera à être suivie de très près si elle rentre à la compagnie plus tard cette année.

Gourouli, rôle créé à l'Opéra de Paris par Carlotta Zambelli en 1912, fut dansé par la suite par son élève, Christiane Vaussard qui hérita des notes originelles et de la partition. Lors de représentations récentes le rôle a été interprété par des étoiles telles que Sylvie Guillem en 1981 et Agnès Letestu en 1987.

Simple histoire de trahison et de pardon, le ballet est basé sur la fable de La Fontaine :

"Deux pigeons s'aimaient d'amour tendre:
L'un d'eux, s'ennuyant au logis,
Fut assez fou pour entreprendre
Un voyage en lointain pays".


Alliant oeuvres traditionnelles du répertoire aux oeuvres contemporaines - et on ne peut qu'admirer Claude Bessy pour la finesse de son choix - le ballet d'Aveline fut suivi de Yondering de John Neumeier. L'oeuvre a été créée en 1966 pour l'Ecole National de Ballet du Canada avant même d'avoir été interprétée par la propre école de Neumeier à Hambourg.

Inspirée des merveilleuses chansons du compositeur américain du 19e siècle, Stephen "Beautiful Dreamer" Foster, qui ont été enregistrées récemment par le baryton Thomas Hampson, pour Neumeier l'oeuvre doit être interprétée uniquement par de jeunes danseurs dotés d'idéalisme et d'énergie.

Les étudiants de l'école parisienne ont dansé avec tant d'enthousiasme et de brio que non seulement on oubliait qu'il s'agissait encore d'enfants, mais ils ont démontré qu'ils formaient une véritable compagnie à eux tous seuls. Leur entraînement extraordinaire les encourage à laisser s'exprimer leur personnalité propre, et manifestement la chorégraphie remarquable de Neumeier, qu'ils ressentaient jusqu'au plus profond d'eux-mêmes, leur parlait directement.

Le niveau de l'école a rarement était aussi élevé, et on le remarquait particulièrement cette année chez les garçons dont la maturité et l'assurance dépassaient celles des filles. Avec des danseurs tels que Florian Magnenet, Fabrice Calmels et Sébastien Bertaud, pour n'en citer que trois, l'avenir de l'Opéra de Paris est assuré - mais on ne peut que s'interroger sur ce qu'il adviendra des autres s'il y n'y a pas de places pour tous.

Florian Magnenet and Sébastien Bertaud
Florian Magnenet et Sébastien Bertaud
La qualité de leur prestation met en relief un problème qui se pose pour la compagnie nationale française. Ces jeunes élèves suivent un entraînement de tel niveau - Claude Bessy m'a déjà avoué que ce n'était pas toujours au goût de tout le monde - que non seulement ils méritent d'occuper l'avant de la scène, mais ils en ont le besoin. Peut-on vraiment imaginer qu'ils se contenteront d'un rôle d'arrière-plan dans les classiques ?

Eclatant de talent et d'énergie, il faut prêter grand soin à ce que ces nouveaux artistes prometteurs ne se laissent attirer vers d'autres compagnies, chez Kilian, Duato, voire Neumeier qui s'était déplacé lui-même pour les répétitions. Bien que le Ballet de l'Opéra de Paris soit actuellement la plus belle compagnie du monde, il n'a plus le monopole des danseurs masculins de grand talent.

Pas tous ces jeunes danseurs pourront, ou voudront même, danser Siegried plus tard. Il faut espérer que malgré la préférence donnée aux "classiques", tout sera fait pour que ces jeunes talents aient aussi l'occasion de s'exprimer dans des rôles modernes tels que propose Pina Bausch dans Les Rites du Printemps, même si leurs prénoms semblent les prédestiner à des rôles plus romantiques !

L'école fera une tournée aux Etats-Unis et au Canada en l'an 2000.

Paris Opera Ballet School Gala




Les Deux Pigeons
Musique: André Messager
Chorégraphie: Albert Aveline, d'après Louis Mérante - réglée par Christiane Vaussard

Yondering
Musique: Stephen Foster
Chorégraphie: John Neumeier


Photos : Icare/Moatti


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