Dance: Reviews
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Nuits Etoilées au Palais Garnier:
Joyaux de Balanchine

Par Patricia Boccadoro

PARIS, 12 Février 2001 - George Balanchine, le plus grand chorégraphe du vingtième siècle adorait les femmes, particulièrement ses ballerines. Il en épousa quatre, fit ses muses de beaucoup d'autres, et créa des oeuvres dans le seul but de les glorifier et les rendre encore plus belles.

Les pierres précieuses dont il est question dans ce ballet, inspiré d'une visite au magasin Van Cleef et Arpels de la Cinquième Avenue à New York, sont en fait ses danseuses. L'œuvre, en trois actes sans argument, est un hommage à l'âge d'Or de la danse: les sylphes de Bournonville à l'Opéra de Paris, les "babes" de Balanchine, sortis des comédies musicales des années trente aux U. S. A., et les célèbres ballerines impériales de Saint-Petersbourg, et aux chorégraphies romantiques, contemporaines et formelles correspondantes. Il a choisi des musiques de compositeurs représentant ces trois pays où il a lui-même vécu: Fauré pour la France, Stravinski pour les Etas-Unis, et Tchaikovski pour la Russie.

Balanchine's Emeralds
Carole Arbo et Jean-Guillaume Bart dans Emeraudes
Chorégraphie: Balanchine / Photo: Icare

En première partie, le poétique et fluide Emeraudes est construit sur des extraits de Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré. Balanchine y évoque la France, berceau de la danse romantique, où il travailla avec les Ballets Russes de Diaghilev après son départ quasi forcé de Russie, ses pièces ayant été jugées insuffisamment conventionnelles et trop audacieuses.

Il commença Les créatures de Promethée en 1929 pour l'Opéra de Paris mais tomba malade, et c'est Serge Lifar qui terminera la chorégraphie et prendra la direction de la compagnie. Balanchine, lui, traversa l'Atlantique et le malheur de la France fit le bonheur des Etats Unis.


Dansé pour la première fois par la troupe qui faillit être la sienne, Emeraudes touche par sa sérénité. Le raffinement d'Isabelle Guérin personnifie l'école française, alors que dans le même rôle, la douceur et la féminité d'Elisabeth Maurin rappellent Violette Verdy, la ballerine française pour qui le rôle fut crée en 1967 et à laquelle elle ressemble singulièrement. Le deuxième solo est dansé par la délicate et mystique Fanny Gaida.

Nicolas Le Riche et Kader Belarbi dansent avec légèreté et assurance, mais semblent se fondre dans le décor, ce qui est sans doute un compliment, car les décors et costumes, recréés par le couturier Christian Lacroix sont somptueux.

Les ballerines se déplacent sur un nuage de tulle vaporeux dans leurs corselets de satin brodé, leurs longs tutus vert Nil, et des bijoux scintillants, dans un soupçon d'élégance et de parfum.

Rubis, chorégraphié sur le Capriccio pour piano et orchestre de Stravinsky est un ballet vif et pétillant, probablement le plus complet des trois. Déjà au répertoire de l'Opéra de Paris sous le nom de Capriccio, c'est un divertissement où Balanchine a, selon ses propres mots, "simplement suivi la musique".

Balanchine's Rubies
Delphine Moussin et Lionel Delanoe dans Rubies
Chorégraphie: Balanchine / Photo: Icare

Les danseurs, en costumes de mousseline écarlate parsemés de perles et de pierres, sont splendides. Est-ce vraiment important si le style naturel et spontané du New York City ballet a fait place au chic et au charme de la troupe française? Delphine Moussin, plus enjouée qu'effrontée avait pour partenaire dans une deuxième distribution le bouillonnant Lionel Delanoe dont la fierté et la joie de danser avec celle qui est sa compagne dans la vie sautait aux yeux.

La troupe se rit des difficultés techniques de la chorégraphie. Déhanchements jazzy, pirouettes étourdissantes sur les talons, scène d'aviron, jeu avec une corde a sauter imaginaire, c'est toute la nonchalante spontanéité de l'Amérique si chère à Balanchine depuis les comédies musicales auxquelles il contribua dés son arrivée. Une bouffée de soleil, même si Marie-Agnès Gillot, avec sa silhouette idéale, eut du mal à se joindre à la fête. La performance athlétique n'a rien à voir avec Balanchine.

Un murmure d'admiration parcourt l'audience à la levée du rideau de Diamants, tant la scène est magnifique. Aucun risque n'a été pris dans le choix des danseuses, toutes plus belles les unes que les autres, immobiles dans leurs tutus blancs incrustés de diamants et de cristaux. Lacroix insiste sur son intervention comme "re-créateur"; il a saisi l'esprit de l'œuvre tout en restant fidèle à Karinska, le costumier de Balanchine. Il apporte néanmoins, avec ses tutus enluminés de dentelles argentées, un "je ne sais quoi" typiquement français.

Balanchine's Diamonds
Agnès Letestu et José Martinez dans Diamants
Chorégraphie: Balanchine / Photo: Icare

Le ballet est un chef-d'œuvre classique sur la musique de Tchaikovski, et un hommage à Marius Petipa et au Kirov, presqu'un souvenir de ses années passées à Saint-Petersbourg. Dès le début de la valse on se croirait dans la scène des flocons de neige de Casse-Noisette. Formel, froid, presque glacial, le ballet dégage une intense émotion surtout dans le deuxième mouvement, un sublime pas de deux interprété par Letestu et Martinez.


Agnès Letestu, qui entre en scène telle un frisson de lumière a toutes les qualités chères à Balanchine: musicalité, forte personnalité, des pieds exquis, et une technique en acier. Ethérée, mais avec la grâce, la précision, et la rapidité nécessaires, elle a, en José Martinez, le partenaire idéal. Il la soutient du bout des doigts. Un vrai chevalier servant Balanchinien. Ensemble, ils évoquent Le Lac de Cygnes et les splendeurs du Ballet Impérial de Saint-Petersbourg dans un chatoiement d'élégance classique.

Paul Connelly dirige l'Orchestre Colonne avec sensibilité et respect pour la musique et les danseurs. C'est sa première apparition à l'Opéra de Paris et sans doute pas la dernière.



*Tamara Geva, Vera Zorina, Maria Tallchief, Tanaquil LeClercq.


** · **"Joyaux" a été dansé pour la première fois à Paris par le New York City Ballet en 1976, et à Londres par le Kirov en Septembre 1999, la seule autre compagnie "étrangère" à avoir dansé l'intégrale de ce ballet sans livret.
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Patricia Boccadoro écrit sur la danse en Europe. Elle collabore au Guardian, à l' Observer et au Dancing Times de Londres. Patricia Boccadoro est chef de la rubrique Danse au Culturekiosque.com.

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