KLASSIKNET
Editors' Choice
SCHUMANN :
Concerto pour Piano
RICHARD STRAUSS :
Burleske
Hélène Grimaud, piano
Deutsches Symphonie-Orchester Berlin
David Zinman, direction
Erato : 0630-11727-2
On se demande pourquoi Erato a sorti ce disque. Bien que l'on connaisse les talents de la jeune pianiste française, Hélène Grimaud, ici son jeu ne nous communique rien d'intéressant ni dans le concerto pour piano de Schumann, ni dans Burleske de Strauss. A soixante ans, David Zinman est facilement l'équivalent de Muti, Sawallisch, Haitink ou Sanderling, mais c'est un détail qui pourrait vous échapper après l'écoute de ce disque. Nos lecteurs qui cherchent un enregistrement du concerto de Schumann par un artiste vivant, devrait porter leur choix sur le pianiste tchèque, Ivan Moravec, sur Supraphon. Byron Janis et Fritz Reiner sur RCA, or Martha Argerich et Claudio Abbado "live" sur Sony coiffent notre liste pour Burleske de Strauss.
RACHMANINOV : Concertos pour Piano 1 & 3
Jean-Yves Thibaudet, piano
The Cleveland Orchestra Vladimir
Ashkenazy, direction
Decca 448 219-2
Jean-Yves Thibaudet, Vladimir Ashkenazy et le Cleveland Orchestra nous offrent des représentations effervescentes des Premier et Troisème concertos pour piano de Rachmaninov. A l'encontre de la plupart des pianistes, Thiboudet se concentre sur le style et l'esthétique plutôt que la névrose. Le résultat est une interprétation élégante de chacune des oeuvres, ce qui change agréablement du psycho-drame qui l'on nous sert habituellement.
Bernard Herrmann :
The Film Scores
(The Man who knew too much - Psycho - Vertigo - Marnie -
North by Northwest - Torn Curtain - Fahrenheit 451 - Taxi Driver)
Los Angeles Philharmonic Orchestra
Esa-Pekka Salonen, direction
Sony Classical SK 62700
Célèbre dans le monde entier pour avoir été le compositeur fétiche d'Alfred Hitchcock, l'américain Bernard Herrmann (1911-1975) savait "coller" aux images sauvages et raffinées du génial cinéaste britannique. Herrmann enregistra d'ailleurs de façon magistrale tous les grands thèmes de Psycho, Vertigo, Marnie entre autres (Decca). Tout en exaltant leur formidable puissance visuelle, le jeune chef finlandais Esa-Pekka Salonen (né en 1958) aborde ces pages comme de la musique pure. Le résultat est renversant, d'autant que le Philharmonique de Los Angeles est à ce répertoire ce que le Philharmonique de Vienne est aux valses de Johann Strauss.
Schoenberg :
Moses und Aron
Chris Merritt, tenor (Aron); David Pittman-Jennings, baritone (Moses);
Gabriele Fontana, Yvonne Naef, John Graham Hall, Per Lindskog, Siegfried Lorenz,
Michael Devlin, Laszlo Polgar.
Pierre Boulez dirige le Royal Concertgebouw
Orchestra et le Choeur du Nederlandse Opera
(2 cds) DGG 449 174-2.
Cet enregistrement, l'un des plus attendus de l'automne 96, ne tient qu'à moitié ses promesses. Passons sur la relative (quoique prévisible) déception de Chris Merritt qui reste totalement extérieur au personnage d'Aron et sur le Moïse neutre et sans relief de David Pittman-Jennings. La mauvaise surprise vient surtout de la direction de Pierre Boulez qui manque cruellement de corps et de force rythmique, à tel point que la splendeur de l'orchestre (Concertgebouw d'Amsterdam oblige!) ne suffit pas à rendre cette version recommendable. De ce chef d'oeuvre à peu près aussi aride, violent et lapidaire qu'une passion de Schütz, Herbert Kegel (Berlin Classics) et Michael Gielen (Philips) ont signé des versions autrement plus justes et engagées.
Monteverdi : L'Orfeo
Victor Torres (Orfeo), Adriana Fernandez (Euridice), Gloria Banditelli
(Silvia, Messagiera), Maria Cristina Kiehr (Speranza, La Musica)
Choeur
Antonio Il Verso,
Ensemble Elyma
Gabriel Garrido, direction
K617 K 617066
Le voilà l'événement lyrique de la rentrée!
Trois versions dominaient jusqu'à présent la discographie du
premier opéra de l'histoire : Celle de Nikolaus Harnoncourt (Teldec),
celle de Jürgen Jürgens (Archiv) et celle de René Jacobs
(harmonia mundi). Sur leurs atouts et faiblesses respectives, les puristes ont
glosé à n'en plus finir. Et puis voilà que déboule
le plus inattendu des outsiders : Gabriel Garrido. Personne n'avait vu venir le
coup. Sa lecture, d'une flamme rythmique peu commune, donne l'illusion de voir
la musique et le drame s'inventer sous nos yeux. Et puis, surtout, sa
distribution vocale est à la fois la plus jeune, la plus homogène
et la plus convaincante sur le plan stylistique (les chanteurs sont italiens et
argentins).
BEETHOVEN : Sonates pour Piano Op. 109, 110
& 111
Alfred Brendel, piano
Philips 446 701-2
Sans surenchère d'émotion, mais avec une maîtrise précise de l'essence psychologique et du mode que l'on retrouve au coeur même de chacune des trois sonates tardives sur ce disque, Brendel livre ses textes avec une très grande éloquence. Son enregistrement du "Hammerklavier", opus 106 en C bémol, de Beethoven, est sorti il y a quelques mois. Bien que très soigneusement esquissé, son "Hammerklavier" demeure académique et moins stimulant que la lecture de Sviatoslav Richter sur Praga ou d'autres enregistrements d'une grande distinction par Rudolf Serkin, Wilhelm Kempff, Peter Rösel, Claudio Arrau ou Emil Gilels. Il s'agit néanmoins d'un enregistrement majeur qui vient clore d'une manière judicieuse ce troisième cycle complet des sonates pour piano de Beethoven par ce musicien d'origine moravienne.
BRUCKNER SYMPHONIES
BRUCKNER : Symphonie No. 3 en Ré Mineur
(version de 1889; Edition Nowak)
BRUCKNER : Symphonie No. 4 en Mi Bémol
Majeur "Romantische" (version de 1880-1887 ; Edition Nowak )
Wiener Philharmoniker
Karl Böhm, direction
Decca : 2 CDs 448 098-2
BRUCKNER : Symphonien I
Symphonie No. 0 en
Ré Mineur "Nullte" (Edition Wöss ) (Scherzo)
Orchester
der Berliner Staatsoper
Fritz Zaun, direction
Symphonie No. 1 en ut Mineur (Edition Schalk) (Scherzo)
Orchester der
Berliner Staatsoper
Fritz Zaun, direction
Symphonie No. 3 en Ré Mineur (Edition Schalk) (Scherzo)
Wiener
Symphoniker
Anton Konrath, direction
Symphonie No. 4 en Mi Majeur "Romantische" (Edition Haas) (complète)
Sächsische Staatskapelle
Karl Böhm, direction
Symphonie No. 5 en Si Bémol Majeur (Edition Hass) (complète)
Sächsische Staatskapelle
Karl Böhm, direction
Symphonie No. 7 en Mi Majeur (Löwe Edition) (complète)
Berliner
Philharmoniker
Wilhelm Furtwängler, direction
EMI 3 CDs 7243 5 66206 2 9 (Mono) ADD
BRUCKNER : Symphonien II
Symphonie No. 6 en La Majeur (Edition Haas) (mouvements 2, 3 & 4)
Berliner
Philharmoniker
Wilhelm Furtwängler, direction
Symphonie No. 7 en Mi Majeur (Edition Löwe) (complète)
Münchner
Philharmoniker
Oswald Kabasta, direction
Symphonie No. 8 en ut Mineur (Edition Haas) (complète)
Berliner
Philharmoniker
Wilhelm Furtwängler, direction
Symphonie No. 9 en Ré Mineur (Edition Löwe) (complète)
Münchner Philharmoniker
Siegmund von Hausegger, direction
EMI 3 CDs 7243 5 66210 2 (Mono) ADD
Il n'y a rien comme Bruckner, Wagner et Richard Strauss pour dévoiler jusqu'où peut aller l'ambition d'un chef d'orchestre. Pendant que les grands chefs d'orchestre d'Europe et d'Amérique se bousculent pour imprimer de leur marque l'histoire de l'interprétation musicale avec des symphonies de Bruckner, les marques de disques continuent de puiser dans leur archives les grandes interprétations du passé de Bruckner, afin d'offrir aux jeunes générations et aux musiciens un moyen de comparaison encore plus large.
Parmis les nouvelles rééditions importantes se trouve le double-CD dans la série "Caractère" (deux pour le prix d'un) de Decca, avec Karl Böhm à la direction du Wiener Philharmoniker dans les Symphonies de Bruckner Nos. 3 & 4 (1971 et 1974). Ce sont des lectures splendides en dépit du choix de l'Edition Novak par Böhm pour la Troisième Symphonie.
Encore plus rare, et d'un intérêt immédiat pour les connaisseurs et historiens de l'interprétation, est le double coffret de 3 CDs (EMI Allemagne - série historique à prix moyen) des Symphonies de Bruckner enregistrées en Allemagne et en Autriche entre 1928 et 1949. Soyez prévenus. Seuls les mouvements scherzo des Symphonies Nos. 0 à 3 sont inclus. Les plus remarquables sont les Symphonies complètes Nos. 4 & 5 avec la Sächsische Staatskapelle sous la direction de Karl Böhm; les mouvements 2, 3 & 4 de la Symphonie No. 6 avec la Berliner Philharmoniker sous la direction de Wilhelm Furtwängler à Berlin en 1943; Fürtwangler et ses Berliners dans une version complète de la Symphonie No. 7 datant de 1949. Il faut dire, néanmoins, qu'en raison de la pléthore d'enregistrements d'avant-guerre de symphonies complètes sous la direction des plus grands chefs de l'époque, et qui ont déjà été édités par Dante-Lys, Philips, Music and Arts, Preiser, Deutsche Grammophon, Orfeo, Berlin Classics......, écouter des mouvements de symphonies de Bruckner hors contexte n'est pas toujours très révélateur. Livrets intéressants.
MOZART : Concertos pour Concertos K456 &
K459
Robert Levin, fortepiano
The Academy of Ancient Music
Christopher Hogwood, direction
L'Oiseau-Lyre 452 051-2
Malgré une évidence de recherche derrière ces prestations, Messieurs Hogwood et Levin ont tendance à museler Mozart dans une camisole de bon goût. Leur lecture très précise est jolie comme une assiette de nouvelle cuisine - on reste sur sa faim.
Scarlatti : Sonates K. 1 - 60
Carlo Grante, piano
Dante PSG 9642-44, (3 CDs) Prix Réduit
Le jeune pianiste italien, Carlo Grante, 36 ans, a récemment étonné les publics du Wigmore Hall à Londres et du Teatro Piccolo à Milan, avec ses programmes ambitieux de récitals de compositions de virtuose qui comprennaient jusqu'à 12 des Vingt quatre Etudes sur les Etudes de Chopin de Godowsky, ainsi que des oeuvres de Busoni. Peu connus du grand public de mélomanes, les enregistrements par Grante de Godowsky, Sorabji, Clementi et Scarlatti sur Altarus et Dante sont déjà très recherchés des pianophiles d'Europe et d'Amérique du Nord. Le Volume 1 dans la série qui comprendrait événtuellement la totalité des 555 sonates (classification de Kirkpatrick) est déjà un tour de force. Les tempi sont parfois extrêmes, mais la lecture est fraîche, dynamique et parfois même palpitante. Le Volume 2 sortira début décembre et comprend les sonates K. 61 - 120, sur 4 CDs.
Haydn : Quatuor à cordes op. 76 n°2,
3 & 4
Alban Berg Quartet
EMI 5561662
Voici un enregistrement qui n'ajoutera rien à la gloire du Quatuor Alban Berg. L'illustre formation autrichienne, d'une justesse parfois très approximative, y délivre une lecture académique qui suinte l'ennui. Les quatuors de Haydn, plus géniaux que ceux de Mozart mais moins "glamorous", ne supportent pas la routine.
Schütz : Geistliche Chormusik (sélection)
Schein : Israelis Brünnlein*
Collegium Vocale, Ghent
Ensemble Vocal Européen*
Philippe Herreweghe, direction
harmonia mundi HMC 901534 & HMC 901574
Heinrich Schütz (1585-1672) et Johannes Hermann Schein (1586-1630) sont les deux compositeurs phares du premier baroque allemand. Leur oeuvre, essentiellement vocale et sacrée, assume l'héritage de la musique italienne (vénitienne en particulier) pour créer un univers sonore tourmenté, d'une gravité et d'une puissance visionnaire que Bach ne fera qu'égaler. A 50 ans, le flamand Philippe Herreweghe n'a (pratiquement) aucun rival dans ce répertoire. Les deux enregistrements qu'il vient de signer coup sur coup sont de fantastiques voyages à l'intérieur de l'âme protestante.
Romances for violin and orchestra
Elgar, Kreisler, Dovrak, Beethoven, Sarassate, Svendsen, Tchaikovsky
Gil Shaham, violon
Orpheus Chamber Orchestra
Deutsche Grammophon 449 923-2
Dans le célèbre film de la Warner Brothers, "All About Eve", feu Bette Davis enterra à jamais le Liebesträume de ce pauvre vieux Liszt avec sa phrase immortelle : Je déteste les sentiments de pacotille. A première vue, le nouvel enregistrement du violoniste, Gil Shaham, pourrait susciter le même propos. Après tout, les Liebesfreud ou Schön Rosmarin de Kreisler, sans parler de la Sérénade mélancolique de Tchaikovsky ou Romance de Dvorak, peuvent être "vraiment de trop" entre de mauvaises mains. Ce n'est pas le cas ici. Shaham déploie un charme candide qui vous gagne en donnant à ces pièces un naturel divertissant et dépourvu de l'image trop cosmopolite que l'on associe souvent à cette musique très courrue en Europe entre les deux guerres. Comme partenaire, l'Orpheus Chamber Orchestra est d'un très haut niveau. Un super disque pour un cocktail.
Liszt : Dante-Symphonie - Ce qu'on entend
sur la montagne - La Bataille des Huns - Du Berceau jusqu'à la Tombe -
Ideale
Gewandhaus Orchestra of Leipzig
Kurt Masur, direction 2 CDs EMI "forte" 5685982
Qui n'a pas entendu Kurt Masur dans la Dante-Symphonie de Liszt n'a rien entendu. Aucune oeuvre dans tout le répertoire ne fait autant de bruit. Masur et ses troupes y sont d'une férocité absolument réjouissante et livrent l'un des grands délires orchestraux de l'histoire du disque. Les amateurs de films d'horreur seront ravis. Les voisins peut-être moins.
If you value this page, please tell a friend or join our mailing list.