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Beethoven : Quatuors à cordes - une intégrale qui n'en est pas une

Le Quatuor Vanbrugh

Par Eric Taver

LettrineARIS, 11 décembre 1998 - Après dix ans d'existence, le Quatuor Vanbrugh, qui est installé en Irlande, s'est lancé dans la plus impressionnante entreprise discographique qu'une telle formation puisse imaginer : l'enregistrement des seize quatuors à cordes de Beethoven. Ce massif n'est comparable à aucun autre. Haydn, Bartók ou Chostakovitch ont bien, eux aussi, tout au long de leur vie, écrit pour ce curieux ensemble formé de deux violons, un alto et un violoncelle. Mais aucun de ces compositeurs n'a révolutionné ce genre comme Beethoven l'a fait au cours de sa vie : le premier et le dernier des quatuors de Beethoven semblent écrits par des compositeurs issus d'époques totalement différentes.

Ainsi, ses six premiers quatuors sont encore très proches de l'humour raffiné, très XVIIIe siècle, de "bon papa Haydn", comme Beethoven appelait son professeur ; ensuite, le 7e Quatuor, avec ses proportions considérablement élargies (il dure plus de quarante minutes) et le souffle nouveau qui l'habite, est en tout point comparable à la révolution "romantique" que constitue la 3e Symphonie "Héroïque" ; enfin, les derniers quatuors, composés après l'immense et ultime 9e Symphonie "avec chœurs", jettent un pont vers le XXe siècle, tant ils semblent souvent arides à la première écoute, tant ils bousculent presque à plaisir les traditions.

On retrouve donc avec ces œuvres la traditionnelle division de la musique de Beethoven en trois périodes : jeunesse, maturité, exploration de voies nouvelles. Là réside la difficulté d'enregistrer une intégrale de ses quatuors : il faut rendre justice à ces trois styles. Et là réside aussi la vraie faiblesse de l'enregistrement des Vanbrugh. On pourra en effet apprécier leur franchise, la netteté du ton, sans mièvrerie ni métaphysique inutile. La sonorité globale est homogène, même si, ici ou là, le premier violon s'échappe un peu, même si l'alto ou le violoncelle peuvent parfois sonner un peu creux. Ces détails n'auraient aucune importance si l'on avait retrouvé dans les premiers quatuors un peu plus d'humour, et des changements d'éclairages plus marqués ou si, au contraire, les derniers quatuors avaient été pensés de façon plus globale, comme de véritables aventures musicales et humaines en plusieurs mouvements, et non, comme on en a souvent l'impression, comme une succession de moments (en ce sens, les brefs et rustiques scherzos des 13e et 14e Quatuors sont des pages très réussies).

On ne saurait toutefois jeter la pierre à cette formation encore jeune qui, je le pense, a simplement pris date. Dans quelques années, lorsqu'ils auront affiné leur style et élargi leur palette de couleurs, ils nous donneront peut-être, souhaitons-le, une intégrale aussi puissante que celle du Quatuor Hongrois (EMI, mono) auquel ils font parfois songer. Il reste que pour découvrir le monument beethovénien, une approche par période semble préférable au défi de l'intégrale : les plus grandes formations ont souvent marqué de leur personnalité une partie seulement des seize quatuors. C'est ainsi qu'en juxtaposant le subtil Quatuor de Budapest dans les Quatuors n° 1 à 6 (Sony), le virtuose Quatuor Alban Berg dans les n° 7 à 11 (EMI) et le splendide Quatuor Melos pour les fameux et difficiles cinq derniers (DG), le mélomane découvrira l'immensité de la sensibilité beethovénienne, qu'une intégrale homogène, aussi réussie soit-elle, ne peut que restreindre.

Vanbrugh Quartet

Ludwig van Beethoven (1770-1827)
Intégrale des seize quatuors à cordes
Quatuor Vanbrugh, chef d'Orchestre
Intim Musik (8 CD séparés) IMCD 043 à 050.

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