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Livres: Est-ce l'année Iris Murdoch?

 


Par Laurence Grenier


NEW-YORK, 18 Mai 2002 - On pourrait le croire: Iris, un film de Richard Eyre, avec un Oscar de "best supporting actor" pour Jim Broadbent; une biographie de Peter Conradi, présentée ainsi dans la critique du New York Times Book Review: la jeunesse débordante d'une sexualité débridée, la philosophie enseignée à Oxford, les 26 romans écrits sans le moindre effort apparent (L'auteur se mettait, paraît-il, à la tâche avec une pile de feuilles à sa gauche qui finissait à sa droite. L'ouvrage ainsi terminé, elle passait au suivant!), la fin de vie sous l'ombrelle terrifiante de la maladie d'Alzheimer. Pourtant, c'est l'excentricité qui m'accroche le plus: n'avait-elle pas reçu le biographe, à l'époque son élève, pour une leçon chez elle, allongée sur le dos, par terre, les pieds posés sur son bureau? N'avait-elle pas été présentée à la reine d'Angleterre, chaussée de simples tennis?

Une amie ne m'avait-elle pas confié qu'elle avait assisté à une conférence dans un bel hotel de Floride, où Iris Murdoch, encore assez jeune, devait parler? Lors du repas précédent la présentation, une femme de ménage mal fagottée s'était assise à une table voisine: elle fut détrompée lorsque Iris, c'était bien elle, prit le pupître. Mais je suis du côté de Proust "contre Sainte Beuve", et ces anecdotes ne me poussèrent ni à voir le film, ni à acheter la biographie, mais à lire l'œuvre: c'est ainsi que je pris A Good Apprentice, 22ème roman de l'auteur, à la bibliothèque municipale:

L'histoire:

- Edward Baltram, donne à Mark, ami très cher avec lequel il partage une chambre d'étudiant, et à son insu, de la drogue, espérant que l'expérience lui révèlerait des sensations inimaginables, porte ouverte vers des plaisirs inégalés. Une tragédie s'ensuit: Mark, qu'Edward a laissé seul un instant, se jette par la fenêtre, convaincu par la drogue qu'il a avalée, qu'il pourrait s'envoler. Il meurt. La crise morale abominable qui s'ensuit entraîne Edward vers les tréfonds du désespoir, puis enfin sur le très lent chemin de la guérison, du moins de l'acceptation de l'inévitable. Cette quête vers la rédemption entraîne dans son manège des personnages apparentés à Edward de façon bien peu conventionnelle:

- Stuart, son frère de lait, qui a entrepris de devenir bon, une espèce de saint sans religion, qui, par sa seule présence, déclenche la réévaluation des vies de ceux qui l'entourent.

- Harry Cuno, le père nourricier, lui-même plein de potentiels irréalisés, en proie à un amour illicite qui le tourmente et l'éblouit à la fois.

- Thomas McCaskerville, psychiatre et oncle d'Edward par mariage, qui essaie de tirer les ficelles mentales qui mèneront son neveu vers l'apaisement. -Enfin Jesse Baltram, père naturel d'Edward, un peintre illuminé, tyrant hippie, retiré depuis longtemps dans un domaine quasi-magique où il vit avec sa femme et ses deux filles, loin du monde, entre le rêve, l'illusion, et la réalité.

Tous ces personnages sont au centre d'un chassé-croisé très séduisant, mystérieux, souvent exalté. L'imagination de l'auteur, sa maîtrise de la philosophie, sa connaissance des dilemnes moraux, du déchirement des passions et du devoir à accomplir, lui donnent les outils nécessaires au tissage de cette très belle tapisserie que constitue cet étrange conte moral.

On pense souvent à Pasolini, dans son Théorème: l'amour, le sexe, la révélation, la religion, la magie s'entrelacent en une danse parfaitement chorégraphiée, ménageant des surprises plausibles, des coïncidences charmantes, des réflexions profondes sur le destin humain, la nature de la jeunesse qui se cherche, de l'amour qui s'enfuit. Et en hommage au maître de la mise à nu de de l'âme,un des personnages (je me plais à croire qu'Iris parle d'elle-même) dit: "he believed in salvation by Proust":

Iris a certainement, dans ce livre, illustré à sa brillante façon, ce que son personage, au sujet de certains passages d' A la Recherche du temps perdu décrit ainsi: "..the unexpected emotion which had made him, a moment ago, nearly faint was, he now realised, pure joy".


Iris Murdoch: A Good Apprentice

A Good Apprentice
d' Iris Murdoch
Penguin USA (Paper); (November 27, 2001)
ISBN: 0141186682
$15.00


Laurence Grenier vit aux Etats-unis, et a publié un livre Histoires de ma Mère aux Éditions Bien-dire.

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