Cinema Reviews
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Par Andrew Jack

PARIS, 25 Juillet 1997 - Si Luc Besson a plutôt tourné le dos sur ses racines culturelles françaises pour se prostrer devant ses nouveaux maîtres américains, sa dernière offrande montre qu'il a su transporter outre-Atlantique au moins un concept bien d'ici: celui de "déjà vu".

Un film de science fiction? De méchants extra-terrestres qui attaquent la Federation inter-galactique des "bons"? La recherche pour les objets mystiques qui préserveront l'univers d'une destruction totale? Voilà guère de themes bien originaux. Plutôt une démonstration - à un moment quand Pathfinder de la NASA prend pied sur Mars - que la réalité peut être bien plus intéressante que la fiction.

Une ville futuriste aux véhicules qui se propulsent en lévitation, remplie de flics sinistres à la "Bladerunner"? Un soupçon de mysticisme du Moyen Orient à la "Indiana Jones"? Des bagarres interminables vidées de sens à la "Terminator"? Un intercalage de scènes - entre un couple en train de copuler, une explosion et un avion qui décolle - à la "Delicatessen"? Voilà guère une inspiration cinématique de la dernière fraîcheur, même si le dernier exemple au moins est emprunté à un film français.

Une distribution politiquement correcte? Où tous les "bons" haut placés sont des humains et ceux qui les aident à prendre une forme humaine acceptable? Et les scènes sur Terre se passent pour la plupart dans des coins divers de New York? Voilà guère le territoire inconnu le plus aventureux pour un film de science fiction, même s'il vise le marché de l'Amérique profonde.

Il est vrai que Besson a fourni quelques introductions utiles dans le film pour quleques amis français. On y voit se promener le directeur-acteur-écrivain Mathieu Kassowitz. Jean-Paul Gaultier habille tout le monde de la façon la plus extravagante possible. On trouve même une place pour Khaled dans la bande sonore.

Eux au moins bénéficient-ils d'une de mise en avant quelque peu plus utile et plus subtile que le placardage effronté dont a bénéficié McDonald's, avec un temps d'écran long et sans doute très profitable.

On ne tuera guère Le Cinquième Elément en racontant ce qui s'y passe. Après tout, il ne s'y passe pas grand chose, et de toute façon c'est plutôt prévisible. Tout est dans l'action. Et là encore, d'autres ont plutôt mieux fait.

Tous nos espoirs sont rivés sur un seul homme (Bruce Willis) qui a bien plus de difficultés à dire "Je t'aime" que de tuer des dizaines de monstres hideux, mais qui en fin de compte réussit à faire les deux, s'en sortant avec à peine une égratignure sur la joue, pour gagner au point culminant du film une nuit à poil avec une splendide rousse super-humaine dans une "case régénérante".

Ses énemis comprennent l'omniprésent Gary Oldman dont le défi artistique principal (hélas, non relevé) dans le film semble être la lutte entre les consonnes aspirées et les voyelles allongées pendant qu'il vascille de manière incertaine entre accent cockney de Londres et "drawl" du Sud des Etats-Unis. En plus, il manie une arme d'une laideur et d'un encombrement tellement absurdes qu'elle vient à bout sans problème de tous les hideux extra-terrestres sur qui il la pointe.

Il y a quelques bouffées d'air frais, sans les moindres la très drôle Ruby Rhod, jouée par Chris Tucker, qui présente le show à la télévision inter-galactique, ou l'étrange botte volante dans laquelle les extra-terrestres sympas, dont le but est de sauver du mal tout ce qui vit, bondissent à travers l'univers.

En somme, il est assez vraisemblable que si nos descendants, et d'autres venus des planètes non encore visitées, jettent un regard sur ce film au 23ème siècle, ils seront frappés surtout par une conception Américano-contemporo-centrique sans grande imagination du futur, dans un film en danger de disparaître dans son propre trou noir.





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