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THE TRUMAN SHOW
La critique du film.


Par C. Antonio Romero

PARIS, 4 novembre1998 - Dès sa sortie aux Etats-Unis, The Truman Show s'est vu attribuer le titre de "meilleur film de l'année", voire même par certains de "meilleur film de ces dix dernières années". De telles hyperboles sont monnaie courante dans le langage hollywoodien, et l'on s'en passerait volontiers, que ce soit pour le film en question ou pour n'importe quel autre. Mais ne vous laissez pas gagner par un scepticisme naturel à l'égard de celui-ci - il s'agit d'un travail finement mené par le réalisateur, Peter Weir, et l'acteur principal, Jim Carrey, qui mérite bien votre attention.

Pour ceux qui ne connaissent pas l'histoire, en voici les grandes lignes. Christof, producteur de télévision, voit celle-ci en train de se noyer dans "l'inauthenticité" occasionnée par le jeu constant des acteurs. Dans une tentative désespérée de redonner vigueur au média, il crée "The Truman Show". Sous une immense bulle, il construit un îlot artificiel habité nommé Sea Haven. Cette communauté est peuplée d'acteurs qui simulent tous les aspects d'une ville en pleine activité (ou tout au moins suffisamment pour créer un vrai faux-semblant). Dans ce monde créé de toutes pièces on introduit un nouveau-né, nommé Truman Burbank, qui deviendra le personnage principal du show. Sa destinée: vivre la vie typique d'un blanc de sexe masculin de la bonne bourgeoisie américaine depuis sa naissance jusqu'à sa mort. Truman, qui ne connaît aucune autre réalité, est supposé prendre cet environnement pour le vrai monde et ses réactions envers lui sont donc spontannées et naturelles apportant la garantie d'une représentation toujours "authentique". Des milliers de caméras placés partout sous la bulle fournissent à Christof et à son équipe les prises de vue perpétuelles en "live". Savamment présentées, elles deviennent "The Truman Show", diffusé 24 heures sur 24 à l'échelle mondiale. Bientôt, le show devient l'obsession de millions de téléspectateurs.

Le monde de Truman (à moins que ce ne soit celui de Christof) est un dérivé de l'Amérique des années '50, telle qu'elle fut idéalisée par la télévision de l'époque - sécurisante, saine, de la guimauve à l'état pur. Sa vie suit une trajectoire strictement tracée, banale - naître, étudier, travailler, mourir - ponctuée d'instants destinés à nous arracher quelques larmes tout aussi prévus d'avance --- Truman fait ses premiers pas, Truman rencontre son premier amour, Truman se marie.... Certaines déviations de trajectoire n'interviennent que lorsque la mécanique humaine ou technique connaissent quelques pannes auxquelles les acteurs et le support technique doivent remédier au plus vite. De manière parfaitement appropriée, Truman gagne sa vie en vendant de l'assurance dans un monde où tout est prévu d'avance.

C'est cette prévisibilité même qui met en évidence tout le côté creux de ce type de "télé-réalité". Après tout, au cours d'une vie chacun d'entre nous rencontre des choses bien plus étranges que Truman dans sa vie virtuelle. La cible primaire de satire est bien entendu la "télé-réalité" qui englobe aussi bien des émissions comme "Cops" (Flics), "News Event" (Actualités-événement) en live de CNN, ou "The Real World" (Le monde réel) de MTV. Toutes ces émissions essayent d'apporter "le mordant du réel", sous une forme ou une autre, à la télévision. Toutes prétendent représenter "la réalité", mais ne peuvent fonctionner qu'en mettant à plat les choses complexes de la vie dans lesquelles les gens troveront des réponses émotionnelles familières. Entre ces shows de la télévision et "The Truman Show" de Christof, la différence est essentiellement une question de degrés - seul CNN partage avec The Truman Show une bulle visible depuis l'espace.

Le film vise également d'autres aspects de la télévision. L'égo-centrisme colossal d'un producteur de télévision comme Christof, un placement produit devenu omni-présent et qui peut même se transformer en élément du scénario (une machine à sodas qui explose dans un film nous paraît bien suspecte - si elle ne l'est pas pour les acteurs - parce-qu'elle n'arbore aucune marque connue, comme Coca-Cola par exemple). Finalement, le film épingle bien l'évanescence de l'obsession du public pour des phénomèmes médiatiques comme "The Truman Show" et tout le merchandising que les entoure.

En fin de compte, "The Truman Show" partage un certain nombre de préoccupations avec un autre film, assez inégale, de Carrey, "The Cable Guy", où l'on découvre une histoire secondaire centrée sur un procès du style O. J. Simpson qui baigne dans une frénésie médiatique. Ici, la satire est très focalisée. Peter Weir utilise de manière bien plus intelligente les talents de Carrey en les pliant au service de l'histoire: la représentation qui en résulte est sans doute la plus visible de toute la carrière de Carrey. Lorsqu'il ressemble à un personnage de B.D., c'est pour donner le change à ces sourires trop accueillants et aux salutations trop chaleureuses de ses voisins qui ne sont que des personnages de B.D. Ses moments de déroute relèvent d'un sentiment grandissant que son monde n'est pas tout à fait réel. Les deux notes sont absolument essentielles au rôle et appropriées à l'histoire que raconte le film. Je ne vois aucun autre acteur dramatique qui aurait su mieux remplir ce rôle que Carrey.

En fait, pour Carrey, le véritable enjeu se présente dans les moments dramatiques purs. Pendant ces retours en arrière, par exemple, où il doit nous faire vivre toute l'émotion de Truman, adolescent, qui découvre l'amour pour la première fois - ou plus tard, les moments de frustration, de confusion et de désillusion qu'il connaîtra à l'âge adulte. Surprise agréable, l'acteur se montre parfaitement capable d'assumer les dimensions dramatiques de ce rôle étrange. Même s'il ne s'agit pas de "la" représentation révélatrice comme le disent certains, Carrey nous dévoile ici de nouveaux talents par rapport à ses rôles précédents.

Aussi bon que soit le film, cependant, je ne peux que chercher avec précision quelles satisfactions il apportera à son public. En tant que satire, il s'agit plutôt d'une sorte d'anecdote pour les "branchés"---quand les gens qui suivent le show à la télé deviennent la cible, nous qui sommes dans la salle oublions facilement que nous faisons partie du même troupeau, que nous avons été tout autant manipulés par la machine promotionnelle du studio - sinon, que ferions-nous là? (Tout comme Christof donne des interviews dans le film pour stimuler l'intérêt pour son show, Jim Carrey donnait des interviews à la sortie du film aux Etats-Unis où il affirmait que le projet représentait un bond en avant créatif majeur). De la même manière que le programme de télévision "The Truman Show" est calculé pour jouer sur la sentimentalité de son public, le film cherche à jouer sur un quelconque sens de supériorité que le public ressentira par rapport aux cibles de la satire. Pour que le film soit vraiment la brillante satire que l'on voudrait nous faire croire, il lui manque une dimension à mes yeux - celle du double-tranchant - celle de viser le public dans la salle et les créateurs du film en même temps que leurs personnages fictifs.

Autre aspect du film qui pourra plaire, une sorte de réalisation d'un souhait: Qui n'aimerait pas découvrir que sa frustration par rapport à une existence étriquée et banale est en réalité le signe le plus sûr qu'il ou elle est le centre de son propre univers?

Moment le plus fort: Truman découvre une étoile filante....

Photos: Paramount Pictures




Quelques liens intéressants :

Site officiel du film The Truman Show

Fiche technique, casting, histoire et interview avec Peter Weir

Site fan en français

Internet Movie Database: The Truman Show (1998)

Jim Carrey Online - Critiques, photos, newsletter, bios, revue de presse, sites fans, audio et video clips, liens

Usenet - alt.fan.jim-carrey

Site en anglais avec informations sur le film, et revue de presse américaine.


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