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ARIS, 12 juin 1997 - Les Daft Punk, groupe de house français, veulent se donner une dimension planétaire avec un premier album réussi, Homework. Mais, comme ils désirent simultanément garder leurs relations avec le milieu techno et être présents au Top of The Pops (l'émission musicale populaire de la télévision britannique), ils emploient d'ingénieuses techniques marketing. C'est une stratégie originale mais une position peu engagée.


Les deux Parisiens Guy-Manuel de Homem Christo et Thomas Bangalter forment en 1992, après cinq ans d'amitié, un groupe rock, "Darlin". Deux ans après, les Daft Punk naissent. Nos compères ont alors 18 et 19 ans. En mai 1995, les petits Français sortent leur maxi, Da Funk, avec un son inédit influencé par la house de Chicago et la disco des années 70. DJs et clubs s'arrachent ce maxi signé chez Soma Record, un label de techno indépendant d'Ecosse. L'album devient alors très rapidement introuvable. Les Daft Punk, désormais célèbres, sont vite sollicités par toutes les "majors companies". C'est Virgin qui l'emporte. Six mois plus tard, fin janvier 1997, Homework sort chez les disquaires : découverte d'un album musicalement intéressant et novateur.

Virgin va s'acharner sur la promotion - P.L.V., affiches, autocollants, clip, tee shirts et sacs- et sur l'information massive. Leur dernière succès : la couverture du N.M.E. (l'un des deux plus grands hebdomadaires musicaux anglo-saxons). Homework devient un succès commercial avec plus de 300 000 ventes en Europe. Face au déploiement de toute cette stratégie mass média, comment les Daft Punk vont-ils concilier cette notoriété et leurs bonnes relations avec le milieu techno underground?...Et, qui plus est, avec leur propre ambition : "On voudrait bien rester implantés sur la scène rave et en même temps, on n'est pas contre un vrai succès commercial", dit G.M. de Homem Christo dans "Partynews" de février 1997 ? Le milieu techno, qu'on le croit ou non, est contre le succès et la promotion. Or, si Guy-Manuel de Homem Christo et Thomas Bangalter sont refoulés de l'arène techno underground, ils risquent d'être rapidement mis hors-jeu : ils ne seront plus au courant des derniers moyens techniques, des dernières tendances...; de plus, ils ne pourront pas mixer avec de grands noms qui n'auront aucune envie d'être associés avec des "gamins d'écran". Ils s'éloigneraient alors d'un milieu difficile à intégrer.

Les Daft Punk vont donc essayer d'utiliser des stratagèmes, camouflant leur ardent désir de succès, pour ne pas perdre leurs copains. Ils décident d'envoyer Homework, trois mois avant sa sortie officielle, à certains disquaires et DJs pour caresser le milieu techno dans le sens du poil. Paradoxalement, Guy-Manuel de Homem Christo, peut-être sous l'influence de journalistes sournois, déclare dans Partynews de février 1997 que «l'album a été envoyé aux principaux DJs de la planète, en espérant qu'ils prendront le maximum de plaisir à le passer et à le faire danser les gens dessus". Voilà un argument plutôt lucratif que philanthropique!

D'ailleurs, le titre même de l'album, Homework, laisse croire que l'album a été fabriqué chez eux, avec du matériel artisanal et peu onéreux : « Toutes les chansons ont été réalisées à la maison... c'est du home made et c'est tout » (Blah Blah, janvier 1997). Le côté artisanal plaît beaucoup au milieu techno mais la « maison» dont parlent les Daft Punk n'est rien d'autre qu'un studio d'enregistrement, avec un matériel musical de haute technologie parfois introuvable.

Autre astuce grotesque: de peur d'intégrer le « star system », ils ont décidé de cacher leur visage sur toutes les photos diffusées. Il utilisent tout simplement... des masques. On voit ainsi un homme avec un masque de chien qui se balade dans leur clip, et pose dans des magazines... Cependant, comme il est ardu de mixer avec un masque, ils sont bien obligés de se découvrir le visage, pendant leur tournée dans les clubs, comme de banals DJs. Or, la plupart des artistes, musiciens et DJs ne se masquent pas et n'intègrent pas pour autant le « star system ». "Underground fashion"? Non! Plutôt un coup de bluff, une formidable campagne de pub! Lorsque l'on découvre que ces punks sont des timbrés... de marketing, on se demande si leur masque de chien ne leur sert pas finalement à cacher leur honte d'être dans l'Underground avec une stratégie de capitaliste, voire leur libido frustrée face aux super-models des Boy-Bands. Ne devraient-ils pas clairement annoncer leurs intentions mercantiles au lieu de recourir à des ruses si puériles. Certes le résultat musical est satisfaisant mais ont-ils vraiment besoin d'un masque pour créer? Un peu de franchise, Messieurs! On ne peut pas à la fois être au four et au moulin.

Homework, Daft Punk, Virgin Références : NME :
http://www.nme.co.uk
partynews interview :
http://www.mygale.org/11/maxtoan/itw_pn.htm
Sites sur les Daft Punk :
Extraits musicaux :
http://www.mygale.org/11/maxtoan/daftpunk.htm
http://raft.vmg.co.uk/


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