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Une Interview avec
Natalie Dessay

Par Joel Kasow

LYON. Lundi, 12 octobre 1998---Vers la fin de la production de Robert Carsen de Songe d'une nuit d'été de Britten à l'Opéra national de Lyon, Operanet a eu le plaisir de rencontrer Natalie Dessay pour discuter avec elle de sa carrière et de ses projets. Un mois plus tard, elle annulait quelques représentations de Lakmé en raison de sa grossesse, faisant la remarque, "si on veut être logique par rapport à ce que je dis sur le théâtre, il faut avoir un peu de rigeur aussi". Ceci ne l'a pas empêché de jouer Titania ou de préparer quelques représentations en concert ainsi qu'un enregistrement de Mitridate de Mozart.
Natalie Dessay


Operanet: Quel age aviez-vous quand vous avez découvert votre voix?

Natalie Dessay: Vingt ans. Avant, je voulais être comédienne. Je devais chanter dans une pièce, et j'ai commencé à prendre des cours de chant pour que cela soit bien, et c'est là qu'on m'a dit que j'avais une jolie voix et que j'aurais dû faire du chant.

Operanet: Et vous avez étudié avec qui?

ND: Des gens qui ne sont pas connus. Uniquement des professeurs privés.

Operanet: Donc vous n'êtes pas passé par le conservatoire?

ND: Si, mais ce n'est pas là que j'ai appris à chanter. On n'apprend pas à chanter au conservatoire, c'est connu.

Operanet: J'ai lu que pour vous le jeu est presque plus important que le chant...

ND: C'est plus important. Pour moi, le chant et la musique ne sont que des moyens pour s'exprimer, la fin étant le théâtre et l'émotion théâtrale.

Operanet: Diriez-vous, par exemple, que c'est plutôt 60% de jeu et 40% de la musique?

ND: Non, pour moi ça sera 70% théâtre et 30% musique et voix. Cela ne veut pas dire que ce n'est pas important, car ces 30% là, il faut les avoir. On ne peut pas dire, "moi, je joue et je m'en fous si je ne chante pas bien." Ce n'est pas ça. Il faut chanter très bien et faire de la musique, être très musicienne. Mais ça ne représente pour moi que 30% du travail du chanteur, même si ces 30% sont primordiaux.

Operanet: Quand je vous ai vu dans le rôle d'Ophélie dans Hamlet d'Ambroise Thomas à Genève, j'ai écrit que vous avez chanté dans n'importe quelle position sauf une qui était confortable pour chanter.

ND: Mais oui, car si on veut chanter debout sans bouger, on n'a qu'à faire des concerts.

Operanet: Oui, mais si on est dans une position complètement tordue....?

ND: C'est plus difficile, mais c'est plus rigolo. C'est plus drôle, et je crois que le théâtre, c'est aussi s'exprimer corporellement. Donc il ne faut pas hésiter à se mettre comme dans la vie. Je veux dire que dans la vie on n'est pas toujours planté pour dire ce qu'on a à dire et faire ce qu'on a à faire. On utilise son corps dans toutes les positions possibles ou imaginables, selon qu'on souffre, selon qu'on est heureux, et on n'y pense pas en vérité. Moi, je ne me dis pas, tiens, je mets les pieds contre le mur parce que ça sera plus drôle. Non, c'est parce que je sens que c'est important pour le personnage à ce moment-là de se laisser aller corporellement.

Natalie Dessay jouant Euridice

Operanet: Je peux attester que vous êtes une actrice formidable, pas seulement cette Ophélie à Genève, mais Euridice d'Offenbach à Lyon et Olympia dans plusieurs mises-en-scène des Contes d'Hoffmann, dont j'ai vu celle de Lyon où vous étiez pliées dans une espèce de cage pendant une grande partie de l'opéra.

ND: C'était très impressionnant, j'ai beaucoup aimée ce travail avec Louis Erlo. C'était un parti pris très fort qui peut ne pas plaire à tout le monde, mais pour moi c'est vers ça que doit aller l'opéra, vers des expériences théâtrales. On se donne la chance que quelque chose arrive et on ne fait pas un énième Contes d'Hoffmann comme on faisait il y a trente ans; ce n'est pas intéréssant. Ce qui est intéréssant est de faire quelque chose de nouveau à chaque fois, sur justement des opéras qui ne sont pas nouveau, des histoires qui ne sont pas nouvelles, des musiques qui ne sont pas nouvelles - essayer théâtralement d'apporter quelque chose de neuf, un souffle neuf. C'est ça pour moi un opéra d'aujourd'hui.

Operanet: Comment préparez-vous vos rôles?

ND: Avec le metteur-en-scène. Je fais énormément confiance au metteur-en-scène. J'estime que je peux me laisser guider; je dois pour lui être une matière qu'il peut travailler comme un sculpteur.

Operanet: Et un rôle comme Olympia, que vous avez chanté dans trois ou quatre productions différentes, comment faites-vous?

ND: J'essaie chaque fois comme si cela n'avait rien à voir. J'aime que les metteurs-en-scène aient de l'imagination, parce que s'ils n'en ont pas, moi, je m'ennuie. Et si la poupée est seulement une poupée, pour moi ça n'a aucun intérêt.

Operanet: Je peux bien le comprendre. Comment ont-ils fait à Vienne?

ND: On a trouvé une poupée qui était une peu folle et un peu ridicule - plutôt ridicule, celle-là, plutôt rigolotte.

Operanet: Et à La Scala?

ND: A La Scala, elle était un petit peu sadique. Elle cassait tout ce qu'elle touchait, et elle était enceinte en plus. A Lyon, ce n'était pas une poupée. C'était un être humain, un autiste, qui s'éveillait complètement au contact d'Hoffmann. On avait choisi un parti pris très fort dans les deux sens, aussi bien théâtral que musical.

Operanet: Mais comment faites-vous pour la comédie, car Euridice (Orphée aux Enfers) est assez éloignée des figures tragiques?

ND: Mais c'était drôle, et en plus j'étais très contente de travailler avec Laurent Pelly et Marc Minkowski. C'était la première fois pour les deux; ce sont des gens qui ont beaucoup d'imagination, l'un et l'autre. C'était facile de mêler nos trois imaginations pour faire sortir quelque chose de complètement fou.

Operanet: J'ai vu le spectacle au début à Genève et c'était complètement différent de ce que j'ai vu à Lyon.

ND: Oui, Annick Massis est une personnalité totalement différente, et je trouve que c'est ce qui est intéréssant dans l'opéra, voir dans le même rôle des gens très différents qui apportent des choses très différentes, qui chantent différemment, qui ont des timbres différents et qui font des personnages qui n'ont rien à voir l'un et l'autre, alors que c'est la même écriture, la même musique.

Operanet: Je viens d'écouter votre disque, "Vocalises". Ce n'est pas tout à fait ce qu'on attend de vous.

ND: Ce n'est pas intéllectuel - (rire). Ce n'est pas moi qui a eu l'idée au départ. Je ne voulais pas faire ce genre de disque, mais finalement Alain Lanceron m'a convaincu et je crois qu'il a eu raison parce que - au fond - ce qui m'intéresse c'est de chanter le plus de choses différentes possibles. Non seulement c'est différent de ce que j'ai pu faire déjà, mais en même temps ça fait partie complètement de mon répertoire. On ne peut pas le rejeter, on ne peut pas le nier en bloc et je trouve que c'était joli d'essayer d'en faire quelque chose de différent de ce qui a été fait jusque là, et en même temps de rendre un hommage à une série de chanteuses qui chantaient ces choses-là très couramment, je dirai, parce que ça faisait vraiment partie de la vie, du répertoire. Aujourd'hui c'est un peu désuet, mais c'est drôle quand même.

Operanet: On peut dire le même chose des rôles comme Lakmé que vous avez beaucoup chanté ces dernières années, ou Amina (Sonnambula) que vous allez chanter bientôt. Quelle est l'attraction pour vous?

Natalie Dessay / Lakmé

ND: C'est d'un niveau différent pour Lakmé. C'était le rôle fétiche de beaucoup de sopranos légers, donc je voulais voir ce que c'était pour moi puisque je le suis et que j'essaie de toutes forces d'assumer ma condition. Je dois dire que j'ai pris beaucoup de plaisir à ce rôle-là, parce que c'est une musique très délicate qui mérite beaucoup d'attention, en fait, pour être réussie. Sinon, ça devient vite lassant, ennuyeux.... que de la praline. C'est autre chose, c'est la vision exotique depuis la France du 19ème siècle qui n'a absolument pas voyagé. Donc, c'est ça qui est drôle aussi. Je n'ai fait qu'une seule production, j'aimerais bien faire une autre pour changer, pour voir si on peut trouver autre chose.

Operanet: Et Amina?

ND: C'est pour fin de l'année 1998, et l'attrait c'est que ce sera mon premier bel canto - je n'en ai jamais fait, je n'ai jamais chanté en italien. C'est quand même un exploit en sept ans de carrière. En français et allemand, oui. Un chanteur d'opéra qui n'a jamais chanté en italien, c'est assez extraordinaire. Je me réjouis parce que c'est quelque chose de nouveau. Moi, je suis très curieuse. Ce que je n'aime pas, c'est faire tout le temps la même chose parce que je m'ennuie très vite.

Operanet: Quand nous avons parlé il y a trois ans maintenant, le sujet des rôles comme Lucia et Lulu était abordé et vous avez dit que peut-être dans une dizaine ou quinzaine d'années, et maintenant c'est pour un avenir proche.

ND: Lulu est en deux ans, mais la version en deux actes. A Vienne, il ne veut faire que ce qu'a écrit Berg, ce que je comprends très bien. Et je trouve en plus que le troisième acte, même s'il est bien par rapport à l'évolution des personnages, c'est très long et assez ennuyeux. Si un jour je le fais, et probablement je le ferai aussi en trois actes, j'aimerais bien qu'on coupe un peu dans cette acte parisien qui est interminable.

Operanet: Et Lucia?

ND: Je ferai la version française, qui est un peu plus légère, où il n'y a pas "Regnava nel silenzio". L'autre air n'est pas facile non plus, mais il est plus adapté à ce que je fais d'habitude, je pense.

Operanet: Et ce sera en français?

ND: Version française, qui n'est pas une traduction mais une vrai version française de Donizetti.

Operanet: Plus loin dans l'avenir, qu'est-ce que vous attire comme nouveauté?

ND: J'aimerais bien faire une fois Lucia en italien après Lucie en français, mais j'ai le temps; on verra pour Puritani plus tard - on me l'a déjà proposé mais je ne sais pas si je vais l'accepter.

Operanet: C'est un peu le retour à la tradition d'il y a cent ans, avec les voix légères...

ND: Oui, on verra. Je ne me sens pas tellement d'attaque pour trop de bel canto parce que je pense que depuis Callas on pense a des voix avec des couleurs plus sombres.

Operanet: Et Traviata?

ND: Mais là, je pense franchement que ce n'est pas pour moi. Comme actrice, oui, mais comme chanteuse, non. Mais pour me faire plaisir, dans 15 ans, avant de faire mes adieux, ou pour faire mes adieux...


Nous parlons des chanteurs qui ont chanté plus de 200 cent fois le même rôle.


ND: C'est un cauchemar - au-delà de 30 représentations, j'en ai assez. Sauf peut-être pour des rôles comme Zerbinetta, des rôles qui sont plus nourissants, je dirai, où il y a vraiment un texte qui évolue en même temps que vous. Il n'y a pas tellement d'autres rôles vraiment nourissants, parce que je trouve les textes souvent trop pauvres. Peut-être Susanna, mais je ne l'ai jamais fait encore, je le ferai en 2001 pour la première fois à Vienne.

Operanet: On peut dire que c'est votre deuxième maison. Et laquelle est la première?

ND: Il n'y a pas de première en fait. Mais, disons, comme je ne me sens pas totalement chez moi à Vienne, c'est pourquoi je dis que c'est ma seconde maison.

Operanet: Oui, car vous vivez à Paris...

ND: Non, je vis partout. L'adresse est à Paris, mais...

Operanet: Et vous amenez votre fils partout?

ND: Tant qu'il ne va pas à l'école. Et après, on travaillera moins, surement.

Operanet: Est-ce que vous avez déjà pensé au moment où vous ne chanterez plus?

ND: Je ne m'arrêterai pas trop tard. Quand on me dira "Oh, pourquoi tu t'en va?" au lieu de faire "Ouf". Pas trop tard, de manière à avoir une autre vie, un autre métier. Je voudrais être agent. Je ne saurai pas enseigner, je n'aurai ni la patience, ni la capacité. Même si je pense que je peux aider les gens, enseigner tous les jours, de façon regulière, pendant des années, je n'y crois pas. Donc, je voudrais être agent artistique pour m'occuper des carrières des jeunes gens. Ils ont besoin de conseil, d'attention. Et leur apprendre d'attendre, de ne pas trop travailler, et travailler beaucoup en même temps pour mûrir les choses.

Operanet: Avez-vous pensé à être comédienne?

ND: Non, je pense qu'il faut savoir où sont ses limites. C'est un autre métier. Je suis bonne pour chanter, mais c'est tout. J'adorais, mais c'est aussi un travail, un métier qui s'apprend. Je crois qu'on ne peut pas improviser les choses. Peut-être au cinéma, où on compte plus sur la spontanéité des gens, mais je ne sais pas si j'en serais capable pour autant. Mais le théâtre, je le laisse aux vrais professionnels. Comme je déteste les acteurs qui s'improvisent chanteurs, je déteste les chanteurs qui s'improvisent acteurs.

Operanet: Que pensez-vous des disques "crossover"?

ND: Ça peut être intéréssant. Je trouve que quelqu'un comme Dawn Upshaw a très bien su faire ça. C'est la seule d'ailleurs qui a réussie. Son disque Rodgers et Hart, par exemple.

Operanet: Et dans l'autre sens?

ND: Michael Bolton, vous voulez dire?

Operanet: Ou Andrea Bocelli?

ND: Bocelli a quand même une technique. Vous pouvez ne pas l'aimer, mais il sait quand même ce que c'est que chanter, donc ce n'est pas franchement un "crossover". Je dirai que c'est un chanteur d'opéra qui fait de la variété. Je ne sais pas comment c'est en live, mais c'est assez joli en disque. Moi, je n'aime pas du tout ce qu'il fait comme musique, mais c'est son choix à lui. Quant aux autres, Michael Bolton, je ne sais pas. Mais je serai curieuse d'écouter avant de dire. Je crois que ça ne s'improvise pas, quand même. Quand je vois comme on est obligé de travailler, je ne crois pas que quelqu'un qui n'a jamais travaillé la technique d'opéra peut dire tout d'un coup, "Tiens, je vais chanter un air d'opéra." C'est comme si je me mettais à chanter des airs de ténor. Oui, je pourrai, bien sûr, mais au fond quel est l'intérêt. Je voudrais, par contre, qu'on compose pour moi. Il y a des gens que j'aime beaucoup, dont j'aime la musique, par exemple Björk, qui est quelqu'un de vraiment très intéréssant. J'aimerais qu'elle compose des choses pour ma voix.

Operanet: Pour mettre dans un récital?

ND: C'est impossible, parce qu'elle travaille avec un tas d'instruments, de machines. [surprise totale que je n'ai jamais entendu parler de cette islandaise, mélange de techno et autres musiques d'aujourd'hui] Mais, il n'y a rien à voir avec l'opéra, bien sûr.

Operanet: Cette année vous avez commencé à faire des récitals, avec des programmes assez curieux. Comment avez-vous trouvé les Pfitzner?

ND: Ce n'est pas moi, mais le pianiste avec lequel je travaille [Ruben Lifschitz], qui se passione pour la mélodie depuis presque vingt ans, qui donc compose les programmes. Moi, j'ai choisie les "Fiançailles pour rire" de Poulenc. J'ai voulu le chanter parce que j'adore les textes de Louise de Vilmorin, mais lui a composé tout le reste [Debussy et Richard Strauss]. Je connaissais les Debussy, mais c'est lui qui a proposé l'ordre, qui m'a vraiment enseigné comment faire un programme.

Operanet: Préparez-vous un autre programme?

ND: Pour l'instant je dois apprendre Lulu, donc on va sérier le problème. Je me suis donnée jusqu'en novembre pour tout déchiffrer et on voit après.

Operanet: Est-ce qu'étudier de nouveaux rôles pose un problème, surtout Lulu?

ND: Oui, tout me pose un problème. Même quand on déchiffre des Mozart, par exemple le Mitridate que je ferai bientôt, ce qui est très difficile sont les récitatifs. Même si on déchiffre les airs très vite, de toute façon c'est tellement difficile à chanter qu'il faut le chanter 500 fois avant que ça ne rentre dans le corps. J'aimerais être plus rapide, mais je suis très lente. Je ne lis pas très bien la musique, et je n'ai aucune mémoire, donc ça n'aide pas les choses. Chacun a sa talon d'Achille. Mais Lulu, je crois que c'est le challenge [en anglais] de ma vie.


Enregistrements de Natalie Dessay:

Offenbach: Les Contes d'Hoffmann Cliquez ici pour lire la critique (en anglais)(Olympia)
Alagna, Jo, Vaduva, van Dam; Opéra de Lyon, Nagano - Erato

Mozart: Die Zauberflöte (Königin der Nacht)
Mannion, Blochwitz, Scharinger, Hagen, White; Arts Florissants, Christie - Erato

Délibes: Lakmé (rôle-titre)
Kunde, van Dam; Théâtre du Capitole, Plasson - EMI

Mozart: Airs de Concert
Opéra de Lyon, Guschlbauer - EMI

Airs d'opéra français Cliquez ici pour lire la critique (en anglais)
Orchestre Philharmonique de Monte Carlo, Fourniller - EMI

Vocalises Cliquez ici pour lire la critique (en anglais)
Berliner Symphonieorchester, Schønwandt - EMI

Enregistrements à sortir:

Mozart: Mitridate (Aspasia)
Bartoli, Piau, Asawa, Sabbatini; Talens Lyriques, Rousset- Oiseau-Lyre

Offenbach: Orphée aux Enfers (Euridice)
Podles, Fouchécourt, Beuron, Naouri; Opéra de Lyon, Minkowski

Projets:

Stravinsky: Rossignol - EMI


PHOTOS

Haut: Grand Théâtre de Genève / photo de répétition - Hamlet. Crédit: GTC/ Carole Parodi

Centre: Opéra de Lyon / Orphée aux enfers. Crédit: Gérard Amsellem

Bas: Opéra Comique / Lakmé. Crédit: Jacques Moatti.

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